Les jardins sont

une des formes de rêve,

comme les poèmes,

la musique et l'algèbre.


Hector Bianciotti

Dernière mise à jour | 9 janvier 2017

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  Blogue sur le parc - année 2012…  


Sommaire

Janvier 2012: Les résolutions du nouvel an...

Février 2012: Un pasteur en vacances

Mars 2012: Oncle René

Avril 2012: Les grands "passages" de nos vies

Mai 2012: Célébrons nos mamans

Juin 2012: L'histoire du Titanic: entre humilité et confiance

Été 2012: "Pourquoi des méchants ont-ils tué l'Amour ?"

Septembre 2012: Le "printemps du carré rouge... aux couleurs automnales...

Octobre 2012: "Fragile" ou "fragilisé" ???

Novembre 2012: Souvenirs de novembre

Décembre 2012: Noël oublié ?


Janvier 2012

Les résolutions du nouvel an...

« À partir du 1er janvier… je vais arrêter de fumer… je ne mangerai plus de chocolat avant de me coucher…j’irai marcher 15 minutes chaque jour… je vais suivre un régime… je dirai toujours la vérité… je vais apprendre à jouer du piano… je lirai une heure chaque jour … je limiterai le temps passé sur internet… je passerai moins de temps devant la télé… je limiterai ma consommation de bière ou d’alcool … Je n’irai au casino qu’une fois par mois… je vais m’alimenter plus sainement… je me coucherai plus tôt … j’assisterai à la messe plus souvent… je vais réciter un Notre Père de temps en temps… je serai plus économe… je ne regarderai plus de sites non recommandables sur mon ordinateur… je serai plus patient envers les autres… je réglerai le solde mensuel de ma carte de crédit avec fidélité…je ne tromperai plus mon mari ou ma femme… je ferai davantage attention à ma santé… etc… etc… etc… »


Des résolutions « bonnes »…

Chaque année nouvelle amène ses litanies de « bonnes » résolutions, souvent de manière inconsciente. Il s’agit en fait d’un rituel de « passage ».La nouveauté et l’ouverture sur un futur au cours duquel nous devons continuer de vivre ou de survivre nous amène à prendre des décisions qui ont pour but d’améliorer notre sort. Que la finalité soit d’ordre matériel, physique, affectif ou spirituel, ces résolutions révèlent une soif de bonheur, de mieux-être, de santé et de sérénité.

Cependant, quels que soient nos bonnes résolutions, la réalité nous rattrape bien souvent malgré nous. Nos petits « travers » reprennent habituellement le dessus après quelques jours, sinon après une « dure et longue» semaine… de privation ou d’efforts. J’entends bien souvent des personnes me dire qu’elles ne prennent plus de résolutions pour ne pas avoir à les tenir. D’autres préfèrent cibler un choix et tenter d’y être fidèle, plutôt que d’affronter plusieurs « démons » en même temps.

Néanmoins, avec l’expérience de la vie qui passe, des chutes, des pertes, des échecs ou de tentatives éphémères, nous ressentons vivement les effets de la désillusion… Comment être meilleur ? Comment avoir une attitude parfaite ? Comment être en meilleure santé ? Comment être réellement heureux ? Toutes ces bonnes résolutions que nous essayons d'accomplir expriment finalement un désir, un désir spirituel qui surgit du plus profond de nos êtres…

Le désir élargit notre cœur

Augustin, un saint évêque du 4e siècle, nous rappelle que le désirélargit notre cœur… Voici ce qu’il dit dans son commentaire de la première Lettre de saint Jean : « Toute la vie du vrai chrétien est un saint désir. Sans doute, ce que tu désires, tu ne le vois pas encore : mais en le désirant tu deviens capable d'être comblé lorsque viendra ce que tu dois voir. Supposons que tu veuilles remplir ton sac et que tu connaisses les grandes dimensions de ce qu'on va te donner pour mettre dedans. Tu essaies alors de l’élargir. Tu sais l'importance de ce que tu vas y mettre, et tu vois bien que le contenant est trop serré : en tentant d’élargir ton sac, tu augmentes sa capacité. C'est ainsi que Dieu, en nous faisant attendre, élargit le désir ; en nous laissant désirer, il élargit l'âme ; en l'élargissant, il augmente sa capacité de recevoir. Nous devons donc désirer, chers amis, parce que nous allons être comblés.»

Résolutions et désirs

N’y a-t-il pas un lien indissociable entre résolutions et désirs ? L’être humain se définit comme un être de désir… Qu’importe si je prends des résolutions du nouvel an et que je les oublie progressivement en quelques jours, en quelques semaines…? Chaque nouveau départ s’avère l’occasion d’élargir notre désir profond et spirituel d’aimer et d’être aimé, de prendre soin et d’être chéri, de donner et d’être comblé. Les résolutions du nouvel an ou à l’occasion d’un événement significatif de la vie sont autant de phares apportant une lumière sur des défis nouveaux pour élargir notre désir de vivre pleinement notre humanité, et ultimement, comme chrétiens, notre dignité d’enfant bien-aimé de Dieu...

Michel LaFontaine, B.Th.,M.A.


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Février 2012

Un pasteur en vacances...

Autrefois, pour diverses raisons historiques, de lieux et de conditions, les « bons curés » de paroisse ne prenaient pas de vacances… D’ailleurs, nos grands-pères cultivateurs, ou employés d’usines sombres et bruyantes, ne se payaient guère plus de bon temps en consacrant une semaine ou deux à se reposer ? Plus souvent qu’autrement, l’hiver ou le chômage obligeaient les hommes à s’arrêter, à vivre moins occupés, temporairement mis à pied par le patron de la compagnie qui voulait économiser ?


© 2007 - Photo Michel Lafontaine - Playa El Tirano, Isla Margarita, Venezuela

J’ai connu des curés et des prêtres qui ont passé leur vie et leur ministère dans une seule paroisse, avec leur « ménagère » qui garantissait la quiétude du presbytère, voyait aux repas et au ménage, tandis que monsieur le Curé préparait ses sermons et les célébrations de la vie liturgique de l’église située à quelques pas… La messe quotidienne était célébrée très tôt le matin, les confessions des enfants de l’école paroissiale prenaient une partie du temps de la matinée. Avant le dîner, quelques minutes étaient accordées au prochain sermon dominical avant que la ménagère se présente au bureau en disant : « Le dîner est prêt, monsieur le Curé ! »

Après un « bon » repas, maigre ou abondant, selon que le pasteur était du style « Curé d’Ars » ou «Curé Labelle », notre cher abbé lisait l’office du milieu du Jour de son bréviaire et se permettait ensuite quelques rêves pendant une sieste plus ou moins longue. Pendant ce temps, « Madame Curé », c’est-à-dire, la ménagère, protégeait en gardienne attentionnée le repos de son maître spirituel… Ensuite, l’abbé vaquait à ses visites paroissiales, à l’enseignement du catéchisme, aux célébrations des baptêmes ou de l’extrême-onction et accordait du temps à la direction spirituelle de certaines âmes d’élite. Suivaient le souper, les vêpres et les complies avant la lecture spirituelle précédant le coucher. Tout au long de la journée, quelques visites à l’église pour adorer Jésus au tabernacle ravivait le cœur sacerdotal du prêtre. Et ainsi, avec les imprévus inévitables du quotidien, se déroulaient les 365 jours de l’année civile, sans que le prêtre sente le besoin de partir pour se « reposer »…

Une autre époque

Petit à petit, selon les époques, les suites de la révolution tranquille, les dispositions du concile Vatican II, et l’entrée dans l’ère moderne, ouverte sur le monde, sur la consommation et les communications diverses (téléphonie, radio, télévision, internet), le mode de vie des prêtres s’est transformé. La diminution du personnel ecclésial a entraîné les pasteurs à accumuler la charge de plusieurs paroisses, à multiplier les réunions, à «couper » la sieste après le dîner. Le passage d’une société régie par la religion à une vie séculière a aussi amené les prêtres à se soucier davantage de l’évangélisation des familles. Les églises, de moins en moins fréquentées, connaissent davantage de soucis financiers. Ce défi se révélant de plus en plus complexe, même avec l’apport bénéfique des bénévoles paroissiaux qui apportent un soutien indéniable, l’homme derrière le prêtre s’essouffle et s’épuise, n’ayant plus de temps pour célébrer les vêpres ou se recueillir dans la prière, courant d’une paroisse à une autre pour célébrer des funérailles, un baptême, un mariage, animer une catéchèse ou assister à une réunion de la fabrique avec les marguilliers élus ou les membres du conseil de pastoral paroissial…


De cela découle le besoin de s’accorder quotidiennement un temps de retrait pour la lecture et l’oraison, mais aussi des temps de retraite spirituelle et de vacances pour conserver un équilibre humain et religieux.

Vacances et ressourcement

Mais que fait un prêtre en vacances ? Célèbre-t-il la messe ? Récite-t-il ses prières du bréviaire ? A-t-il le droit de voyager, d’aller dans le sud ? Comment se repose-t-il ? Les réponses à ses questions sont aussi diverses qu’il y a d’individus. Chaque pasteur est différent et unique à la fois.

Je ne peux donc dicter une conduite à suivre pour tous mes confrères dans le sacerdoce… Ma réponse sera personnelle et individuelle. Lorsque je me permets des vacances, j’avoue avoir le besoin de faire le « vide », d’être «dépaysé », de « partir ». C’est le but d’ailleurs de toute retraite spirituelle. Néanmoins, malgré cette sorte de désert, mon cœur est toujours habité par les personnes auprès desquelles j’exerce mon ministère pastoral. Ces âmes me suivent, en quelque sorte, dans mes bagages. Que ce soit en habitant mon tout petit chalet dans le nord, véritable oasis de paix, ou en marchant pieds nus sur une plage des Caraïbes, mon cœur de pasteur a besoin de se nourrir de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie. Cette réalité est au cœur de ma vie humaine et de prêtre. Le « bon Dieu » n’est pas en vacances pour moi, parce que je l’aime et que j’ai besoin qu’il m’accompagne dans mon temps de repos...

Pour le reste, je recherche le silence, la contemplation d’un lac paisible, le chant des oiseaux, le bruissement des vagues de la mer, les excursions en forêt ou en bateau, la découverte d’autres horizons géographiques et culturels… écouter et jouer de la musique, me détendre par la lecture d’un bon roman, visionner un film, rencontrer ma famille, déguster un excellent repas entre amis… afin de refaire le plein et de vivre au mieux ma condition d’homme et de pasteur… Jésus, qui était Dieu, s’est fait être humain. Je suis un homme qui porte en lui le signe sacramentel du Dieu vivant…


Conclusion

Comme le disait souvent, d’heureuse mémoire, le Père trinitaire Jean-Paul Regimbal lors de ses entretiens spirituels : « Priez pour vos prêtres. Aimez-les. Ils ont besoin d’affection, de tendresse, de soutien. Ils vous donneront Dieu en échange. » L’absence de votre pasteur peut s’avérer parfois ennuyeuse… Mais comme Jésus assis sur le bord du puits de Jacob afin de s’y reposer quelques instants, il demande à une Samaritaine de lui donner un verre d’eau fraîche… S’en suit une rencontre riche de sens au plan spirituel entre lui et cette humble femme de Samarie… Les prêtres, incarnés dans la condition humaine, ont besoin parfois de s’asseoir au bord du puits… Soyez assurés que les vacances ou les temps de repos de votre pasteur contribuent à rendre sa présence plus humaine et pastorale auprès de vous, plus souple, gratifiante et disponible à l’Esprit du bon Pasteur.

Michel LaFontaine, B.Th.,M.A.


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Mars 2012

Oncle René

Chaque année, le vingtième jour de février ravive en moi la mémoire de mon oncle René, décédé en 1990 à l’âge de 61 ans. La rédaction de ce billet spirituel coïncide précisément avec cet anniversaire. J’y vois comme une invitation à partager avec vous combien cet homme a eu une influence positive et significative dans ma vie d’être humain et de pasteur. Oncle René était un homme bon et un prêtre apprécié pour sa douceur, son humanité, sa « sagesse»pastorale, sa spiritualité, sa prière, son jugement sûr, son souci de la dignité des personnes.

D’aussi loin qu’il m’en souvienne, oncle René, qui était le frère de ma mère, a toujours fait partie de notre vie familiale. C’est lui, d’ailleurs, qui a présidé la célébration de mon baptême à la cathédrale de Mont-Laurier. Ce baptême a d’ailleurs été l’un des premiers à être célébré en français plutôt qu’en latin, selon le courant de la réforme engendrée par le Concile Vatican II. L’admonition « retro Satana » du rituel apparaissait plutôt incongrue pour ma mère qui venait d’accoucher : « Satan, sors de cet enfant ! » Elle avait alors rétorqué : « Mais je n’ai pas porté le diable pendant neuf mois! »… Heureusement, les formules de prières se sont adoucies avec le temps…


Oncle René venait à la maison chaque semaine lors de son unique journée de congé. Il m’a vu grandir. J'ai vécu avec lui d'agréables moments de vacances ou de voyage, seul et en famille. Régulièrement, on allait chez lui à Brébeuf, à Maniwaki, à L’Annonciation c'est-à-dire dans chaque paroisse où il était assigné en tant que curé. Tandis qu’oncle René discutait avec papa et maman au salon autant des sujets pastoraux que sociaux ou politiques, il nous laissait, mon frère et moi, toute liberté pour explorer l’église et ses dépendances. Nous avons même fait résonner inutilement la cloche de l’église en tirant avec amusement sur le câble… Je faisais vibrer à pleins jeux les tuyaux de cuivre de l’orgue tandis que mon frère fouillait dans les armoires de la sacristie. Peut-être cherchait-il la précieuse réserve de vin de messe ?...


Cependant, malgré mon jeune âge, je m’intéressais déjà aux discussions entre l’oncle René et mes parents. René fut un pasteur authentique et véritable, autant pour ses paroissiens que pour les membres de sa famille. Je crois que par sa spiritualité empreinte d’humanisme et de calme sérénité, il a contribué à éveiller chez moi l’appel à servir, à prendre soin des personnes, dans le contexte d’une vocation sacerdotale.

Quoiqu’il ait souffert d’un état de santé plutôt fragile, et qu’il ait été fragilisé par des accidents qui l’ont immobilisé pendant des mois, oncle René exerçait son ministère avec amour et fidélité. Mais voilà qu’en 1989, le spectre du cancer vient assombrir son parcours de vie. La maladie s’est infiltrée sournoisement dans les artères, les muscles et les membres de cet homme qui aimait tant la vie.

À cette époque, je poursuivais mes études en théologie, à l’Université du Québec à Trois-Rivières, mais j’ai quand même eu le privilège de l'accompagner intimement lors de mes vacances de Noël 1989. Je me souviens avec émotion de ce dimanche soir où je l’ai conduit à l’hôpital après un bref répit. Les professionnels de la santé exerçaient alors des moyens de pression sur leur employeur afin d’obtenir de meilleures conditions de travail. Le corridor qui donnait accès à l’ascenseur était décoré de boules et de guirlandes noires…J’ose à peine imaginer ce que ressentait mon oncle en retournant courageusement dans cet établissement de santé pour y poursuivre ses traitements…

Milieu février 1990, ma mère m’appelle pour me dire que les heures d’oncle René sont comptées . Je reviens donc précipitamment à Mont-Laurier et j’ai eu la grâce de partager avec lui sa dernière heure sur terre. Il était conscient, mais extrêmement faible. Les traits de son visage et tout son corps amaigri et décharné trahissaient la douleur. Lorsque j’ai pénétré dans la chambre située dans le secteur des « soins palliatifs », ma grand-mère maternelle âgée de 88 ans lui tenait la main et priait avec son enfant sexagénaire.


Mon oncle semble m’avoir reconnu rapidement grâce au timbre de ma voix. Après quelques minutes à son chevet, spontanément, sans doute sous l’inspiration du Saint-Esprit, j’ai pris le bréviaire qui reposait sur sa table. J’ai demandé à René s’il voulait prier un peu. Il a bougé son bras comme pour esquisser un signe de la croix, mais il était trop faible. Je l’ai aidé à se signer et très lentement, avec émotion, j’ai lu des passages de psaumes qui me semblaient adaptés et réconfortants. Providentiellement, je suis tombé sur le texte des béatitudes (
Évangile de Matthieu, chapitre 5). Je me suis mis à lire chaque béatitude, lentement, en ménageant des pauses silencieuses. J’ai ressenti alors une paix indéfinissable s’installer dans la personne de mon oncle. Ses yeux ont changé, son corps s’est assoupi, les rides provoquées par la douleur se sont estompées. Après avoir récité une dernière béatitude : «Heureux les cœurs purs… ils verront Dieu… », oncle René est parti tout doucement sur la barque tranquille de la miséricorde, en direction de l’autre Rive où il était attendu… On aurait dit qu’il s’était comme endormi en présence de grand-maman, maman et moi. Cette scène évoque en moi le moment où le corps de Jésus est déposé dans les bras de Marie, soutenue par saint Jean et Marie-Madeleine, représenté par la Mater dolorosa dans les stations du chemin de la croix…


Ce souvenir restera à jamais gravé dans mon cœur. Je l’appelle tout simplement
un moment de grâce… Et je crois que ce que j’ai vécu avec cet oncle que j’aimais beaucoup, spécialement au moment du départ, continue de m’habiter et de nourrir ce goût ou cette aspiration que je ressens depuis toujours en quelque sorte, d’être présent, d’accompagner des personnes malades, agonisantes et mourantes. J’ai été ordonné prêtre deux ans après le décès de René. Depuis, des centaines de personnes ont vécu le grand Passage tandis que je leur tenais la main pour mieux effectuer ce passage en toute sécurité…

Tout au long de mon ministère presbytéral, les interventions pastorales et spirituelles vécues auprès des malades et de leur famille ont toujours été comme des sources vivifiantes de mon service pastoral.

Et oncle René, par sa vie, par sa mort, par son humanité et son cœur sacerdotal, a sûrement contribué à déployer ces forces vives que Dieu a déposées dans mon cœur pour les mettre humblement au service de mon prochain. Et je suis assuré que depuis plus de 22 ans, il continue fidèlement à soutenir la vive flamme d’amour qui doit animer tout pasteur…

Michel LaFontaine, B.Th.,M.A.


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Avril 2012...

Les grands « passages » de nos vies…

Naître

Dans la crainte qu’on ne l’ait oublié, il m’arrivait, lorsque j’étais enfant d’annoncer partout à la ronde : « Vous savez, c’est ma fête aujourd’hui… » Cette déclaration était toujours accompagnée d’un regard inquisiteur, d’une quête d’approbation. J’attendais avec fébrilité les réactions enthousiastes, les vœux et les gestes qui souligneraient cet événement personnel.

Quel que soit notre âge, notre intérêt ou nos sentiments parfois ambigus, l’anniversaire de notre naissance demeure une étape inévitable dans le cours de nos existences humaines. Notre date d’anniversaire rappelle le jour où nous avons franchi le passagedu sein maternel, où nous croissions depuis le moment de notre conception, à ce monde menaçant, étrange, inconnu, où nous aurions tout à apprendre et à apprivoiser, depuis la première respiration, les premières caresses, la première tétée… Naître est un passage obligé dans notre évolution physique, psychique et spirituelle. Et souligner l’anniversaire de notre naissance implique la reconnaissance de notre existence même dans un contexte spatio-temporel.

Vivre

À partir du moment où nous prenons notre première goulée d’air, et la relâchons ensuite, le cœur se met à fonctionner et à répandre dans nos veines le rouge liquide qui nous animera désormais, nous apprenons à vivre hors de l’utérus de notre mère. La fragilité et la vulnérabilité caractérisent ce début d’existence. Si maman, si papa, si un être humain ne prend pas soin de cette vie qui se développe dans un terreau accueillant et hostile à la fois, chaud et froid, sécurisant ou non, nous ne pourrons survivre. Le petit être qui pèse à peine quelques kilogrammes a besoin d’un environnement protecteur, de nourriture, de vêtements, mais surtout de gestes, de paroles tendres et d’amour gratuit. Manquer d’amour à ce stade de l’apprentissage de la vie peut engendrer des blessures et des tares qui marqueront à jamais l’existence du petit être vivant. Quoique « la vie trouve toujours son chemin », comme l’affirmait un des personnages du film Jurassic Park, du réalisation américain Steven Spielberg.

Vivre présuppose un combat quotidien. Naissance, enfance, adolescence, vie adulte, maturité, vieillesse, nous conduisent à l’étape ultime. Celle de la mort. Mais auparavant, pendant un nombre indéterminé d’années, l’être humain grandit, se développe, découvre, apprend, acquiert de l’expérience, développe des habiletés manuelles, artistiques ou autres, vit des joies et des peines, des réussites et des échecs. Puis , il redevient petit à petit plus vulnérable et faible au fur et à mesure de la fuite inexorable du temps.

Le combat pour la vie s’avère différent pour chaque être humain. Chaque parcours s’inscrit d’une façon unique, originale et personnelle. Les « chances» et les paramètres de la vie ne se révèlent pas universelles. Il semble que certains « naissent plus égaux que d’autres. » Les conditions humaines dans lesquelles se déploient la vie sont donc influencées par le milieu social et familial, l’éducation, le pays, le système politique, les conditions climatiques, le travail, la pauvreté, la richesse, mais surtout par un environnement propice ou non à l’éclosion de valeurs telles l’humanité, la dignité, la liberté, la vérité et l’amour. Évidemment, l’état de santé du corps et de l’esprit conditionne la qualité de la vie. Au plan spirituel, les valeurs, les croyances, la religion influencent les comportements, les choix, l’espérance, la recherche existentielle du bonheur enfoui au cœur de tout être humain.

Par ailleurs, une apparente injustice semble associée au nombre d’années imparti à chacun. Des personnes atteignent l’âge vénérable de 100 ans et plus. D’autres ne subsistent que quelques heures. Enfin, dans tout processus de vieillissement, des conditions physiques ou naturelles viendront influencer à la hausse ou à la baisse l’espérance de vie : les cataclysmes, la guerre, le travail, les accidents, la maladie, la pauvreté, la pollution, les épreuves, l’anxiété et l’angoisse. Personne ne peut prévoir quant il franchira l’étape de la mort. Celle-ci est parfois annoncée et prévue, à cause de l’âge ou de la progression d’une maladie diagnostiquée, mais la mort vient le plus souvent nous surprendre…

Mourir

Qu’est-ce que mourir ? Qu’est-ce que la mort ? « La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre. Chez les organismes vivants, elle se caractérise par un arrêt irréversible des fonctions vitales (nutrition, respiration…), nécessaires au maintien de l'intégrité de l'organisme ». (Wikipédia.fr)

Dès notre conception, la mort s’inscrit dans nos gênes d’êtres vivants. C’est pourquoi elle effraie, elle est source d’angoisse. Elle semble si mystérieuse. Il s’agit pourtant d’une étape « normale » du vivre. Nous disons parfois qu’il n’y a qu’une justice sur la terre, c’est que tout le monde meurt un jour, qu’on soit pauvre, riche, éduqué ou ignare… Saint François d’Assise l’appelait tendrement notre « sœur la mort corporelle »…

Mourir est un acte personnel, individuel et unique. Nous naissons seuls, nous mourons seuls. Même si des êtres aimés nous entourent à cette étape de la vie. La mort pourrait ressembler à un plongeon dans le vide… On ne sait dans quoi nous plongeons… La mort est un passage de la vie humaine à une autre Vie, différente, croyons-nous. L’unanimité n’est pas établie quant à l’issue de ce passage. D’aucuns considèrent la fin de l’étape de vie humaine comme un saut dans l’inexistence, le néant. D’autres envisagent la mort comme une étape vers une autre forme de Vie.

Renaître

Jésus a dit à Nicodème : « Il vous faut renaître ». Le sage religieux lui répondit : « Peut-on retourner dans le sein maternel quand on est déjà vieux ? » (Évangile de saint Jean, chapitre 3). Cette «renaissance » dont parle le Maître de Nazareth semble être un autre passage, cette fois-ci vers une manière nouvelle de vivre : conduite par l’Esprit, cet état nouveau se résume à un souffle éternel, procurant paix, sérénité, amour inextinguible, bonheur infini…

Plusieurs religions exposent leurs théories sur cette renaissance. Qu’en est-il vraiment ? Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est authentique ? Il appartient à chacun de répondre à ces interrogations, selon sa propre spiritualité, ses croyances, sa foi religieuse ou non, ses valeurs, ses choix de vie. Pour nous, chrétiens, nous croyons en la renaissance à une vie nouvelle, vécue cette fois, non selon le mode biologique ou humain, mais selon un mode spirituel, en fils ou fille bien-aimés d’un Dieu se définissant comme Amour et Alliance avec l’humanité.

Quatre passages de la vie

Ce temps de Pâques (qui signifie passage), coïncide dans l’hémisphère nord au renouveau printanier et évoque ces quatre passages que nous sommes appelés à expérimenter tous et toutes, en tant que personne dotée d’un nom, d’une identité, d’une existence unique. Chaque être humain passe par la naissance, le « vivre humain » pendant une période plus ou moins longue, puis par la mort et la renaissance dans un monde supra naturel, invisible et spirituel.

Au cœur de la détresse, des souffrances, des échecs, des périodes de grandes noirceurs, pour tous les humains de la grande famille d’hommes et de femmes peuplant le globe terrestre, l’espérance vient soutenir le « vivre » d’aujourd’hui au quotidien. Pour ceux et celles qui croient en Christ, mort et ressuscité, la vie éternelle est déjà amorcée depuis la naissance et s’inscrit dans les « passages» que nous sommes appelés à traverser…

Que représente pour moi aujourd’hui naître, vivre, mourir et renaître ? La réponse vous appartient…

Michel LaFontaine, B.Th.,M.A.


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Mai 2012...

Célébrons nos mamans…

La « Fête des mères » qui revient chaque année le 2e dimanche de mai ne laisse personne indifférent. En effet combien sommes-nous redevables à la femme, à la mère qui nous a portés dans son sein pendant neuf mois, qui nous a mis au monde, qui nous a élevés, entourés, protégés et aimés. Le mystère de la procréation, du don de la vie, s’inscrit tout d’abord dans sa réalité biologique et scientifique. Il comporte à la fois, une dimension profondément humaine, et une autre « spirituelle » ou « divine »… Ainsi, la Fête des mères nous interpelle de façon toute particulière car le lien qui unit la mère et l’enfant est littéralement viscéral.

© 1939 - Ma mère sur les genoux de ma grand-mère en 1939, à Ferme-Neuve, au nord de Mont-Laurier, Québec, Canada

Nous déplorons souvent que les fêtes civiles ou religieuses aient été récupérées par les marchands qui n’y voient qu’une occasion de faire de «bonnes affaires»… Mais, avouons-le, les fleurs, les cartes de souhaits, le chocolat ou tout autre présent ne sont que symboliques. Ils sont une façon d’exprimer notre amour et notre reconnaissance à « notre » maman. Les moyens de communication modernes nous permettent de combler les distances physiques et d’exprimer en paroles ou en images virtuelles notre affection et de maintenir une relation vivante avec celle qui nous a donné la vie.

Néanmoins, l’histoire humaine apporte son lot d’expériences et d’histoires personnelles qui ne reflètent pas toujours les sentiments qui semblent universels. Il nous semble qu’on ne peut faire autrement que de parler de l’amour de nos mamans, de leur dévouement, de leur générosité, de leur désintéressement, d’un don de soi si extraordinaire qu’il dépasse presque l’entendement. La poésie, la musique et les arts ne tarissent pas d’hommages maternels. Mais d’aucuns ne le considèrent pas ainsi. Pour certaines mères ou pour certains enfants, la relation qu’ils ont vécue n’a été qu’une suite de déchirements, de mésententes ou d’incompréhension.

Je me souviens du jour, où je préparais la célébration des funérailles d’une de mes paroissiennes âgées. Il s’agit d’une célébration liturgique unique et particulière pour les membres de la famille : elle aide à bien vivre le processus de deuil. Je suis attentif à organiser ce rituel de manière à ce qu’il se révèle le plus significatif possible pour tous. Je rencontre habituellement quelques membres de la famille, au bureau ou au salon funéraire. Donc, je prends rendez-vous avec l’un des deux enfants de la défunte. Je désire profiter de cette rencontre pour aider les proches à exprimer ce que la personne décédée leur lègue comme héritage « spirituel », les valeurs transmises, les anecdotes marquantes. Ces échanges m’aident à choisir des textes et des gestes symboliques appropriés pour la liturgie des funérailles à l’église ou au salon.

Je vous avoue me sentir encore déconcerté, plusieurs années plus tard, de cet entretien. Le fils de la dame était incapable de me dire quelque chose de positif sur sa mère. Au contraire, il ne fit que m’exposer l’enfer de son enfance et de son adolescence. Selon lui, cette femme n’avait jamais exprimé de sentiments d’affection pour ses deux enfants. Punitions corporelles, violence verbale, mauvais traitements, claustration au sous-sol de la maison familiale…« Tant mieux si la « bonne femme » est enfin partie !... Je lui souhaite l’enfer pour l’éternité ! »…

Malgré tout, au moment des funérailles de cette dame, j’ai mesuré mots et gestes, respectant la « dignité » humaine de la personne pour qui nous vivions ce moment de prières, tout en déployant une indulgence pastorale envers ses deux fils… Cet événement nous rappelle qu’il ne faut jamais banaliser les sentiments, les mots et les expressions lorsqu’on veut témoigner de la beauté habituelle d’un cœur de maman. Chaque mère vit une relation unique avec son enfant. Cette relation se vit malgré tout à travers les blessures psychologiques et morales.

L’exemple que je vous ai cité ne doit cependant pas nous faire oublier la noblesse de la maternité. Don de soi, don d’amour, don sans limite. Mettre au monde un enfant demeure l’expérience la plus grande au monde. Mais il existe aussi une fécondité spirituelle à laquelle toute femme et tout homme de bonne volonté doivent aspirer. Cette sorte de fécondité s’exprime tout autant dans le don de soi, la générosité, l’esprit de paix, de partage, le souci de justice, etc.

Au terme de cette réflexion, je m’en voudrais de ne pas vous rappeler que la Fête des mères demeure un moment privilégié pour exprimer à l’auteure de nos jours notre amour filial et notre infinie reconnaissance. Je pense aussi à cette tradition séculaire qui a transformé le mois de mai en « mois de Marie »,« mois le plus beau »… Selon la foi chrétienne, le Fils de Dieu a eu besoin d’une femme, d’une mère, pour s’incarner et sauver notre monde : « Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d’une femme, il a été sujet de la Loi juive pour racheter ceux qui étaient sujets de la Loi et pour faire de nous des fils. » (Épître de saint Paul aux Galates, chapitre 4, versets 4 & 5).

Bonne Fête des mères ! Maman, je t’aime !

Michel LaFontaine, B.Th.,M.A.


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Juin 2012...

L'histoire du Titanic: entre humilité et confiance

Tragédie nocturne

15 avril 1912, 2 h 20. - Au cœur de la nuit sombre, un paquebot de la compagnie White Star, fier titan des mers dont les experts affirment qu’il ne peut couler, sombre néanmoins dans les eaux glaciales de l’océan Atlantique, non loin des côtes de Terre-Neuve. Le navire, après avoir heurté de plein fouet un iceberg, a subi une fatale perforation de la coque. C’est alors qu’il est lentement aspiré avant de disparaître inéluctablement dans les abysses vertigineuses, soit à 3121 mètres de profondeur.

À la surface, des milliers de personnes, comme des fétus de paille désarticulés, flottent au gré des eaux grâce à leur gilet de sauvetages. La majorité d’entre elles ne survivra pas, victime d’hypothermie. D’autres mourront emprisonnés et le Titanic deviendra leur éternel tombeau. Seuls, quelques rescapés auront la vie sauve grâce à un nombre restreint de barques. Cette mortelle tragédie aura causé la mort d’un peu plus de 1500 personnes.

Un paquebot qui ne pouvait couler

On ne peut précisément faire le relevé de tous les bateaux naufragés ou qui ont coulés dans les mers et dans les océans à travers l’histoire de l’humanité. Encore moins dénombrer tous les pêcheurs, les marins, les capitaines au long cours, les passagers, les marchands, les découvreurs et les colonisateurs qui y ont perdu la vie.

Depuis les frêles embarcations, les voiliers, et jusqu’aux paquebots et aux transatlantiques, l’être humain, sûr de son génie et de sa supériorité sur la matière, avait à ce point perfectionné les moyens de transport maritime, qu’au moment de la conception et de la mise à la mer du Titanic, il était assuré et le clamait avec orgueil : ce chef-d’œuvre de la navigation serait insubmersible. Pourtant, ce superbe paquebot anglais qui fait encore rêver par son luxe inouï, sa décoration, son escalier central, ses salons, ses cabines et ses ponts est devenue la plus célèbre épave à se hisser au niveau de la légende.

L’impossible devenu réalité

L’être humain a souvent cru pouvoir contrôler les éléments physiques ou naturels. Assurément chaque découverte, chaque invention, chaque avancée scientifique a révolutionné la manière de vivre depuis l’homme des cavernes. Pour le mieux et parfois pour le pire. Habité par l'orgueil, par un sentiment de puissance et de supériorité, l’homme paie parfois bien cher sa suffisance. Est-il plausible que la nature et la science soient exclusivement tributaires de l’autorité humaine ? Et le pouvoir divin ?

Invariablement, des événements pénibles ou des catastrophes viendront nous rappeler la vulnérabilité de notre savoir et de notre pouvoir et nous inviteront à un rapprochement et à une réappropriation de nos valeurs spirituelles.

L’histoire du Titanic illustre parfaitement cette allégation. Depuis cent ans, cette tragédie continue de nous interpeller. Romans, films de fiction ou documentaires, expositions et recherches scientifiques, ne cessent de nous rappeler qu’aucun navire construit par l’homme n’est totalement indestructible. L’épave du Costa Concordia, échouée sur les côtes du sud de la Toscane, le 13 janvier 2012, nous le prouve à nouveau.

Qu’est-ce à dire ?

Les accidents qui font la une des quotidiens, les tempêtes, les tsunamis, les tremblements de terre, mais aussi les dégâts écologiques et les désastres causés par la négligence humaine ou les éléments déchaînés doivent-ils nous faire perdre l’espérance en un monde meilleur au long de notre passage sur « notre mère la terre » comme l’avait baptisée les tribus autochtones et saint François d’Assise ?

Face aux nombreux accidents d’avion, de train ou de voiture, aux incendies, au terrorisme qui nous menacent au quotidien, doit-on demeurer enfermés dans notre maison en vivant dans la peur de tout ? Doit-on se recroqueviller sur nous-mêmes afin de nous protéger?

Spiritualité de l’humilité et de la confiance

Comme être humain, nous n’avons pas encore le contrôle - l’aura-t-on un jour ? - sur les forces de la nature. En dépit de nos inventions, même extraordinaires.

En quelque sorte, les tragédies de toutes sortes nous invitent à vivrela spiritualité de l’humilité. C’est-à-dire reconnaître les limites de notre réalité humaine et nous méfier de la vision déformée que l’on peut trop facilement entretenir envers nous-mêmes : orgueil, vanité, égocentrisme, narcissisme, etc. L’humilité nous invite aussi à nous situer par rapport à Dieu ou à sa négation. Cette vertu mésestimée n’est pas une qualité innée chez l’être humain, mais elle peut s’acquérir avec le temps, de pair avec une maturité affective ou spirituelle. «Elle s’apparente à une prise de conscience de sa condition et de sa place au milieu des autres et de l’univers. » (Wikipedia.org).

D’autre part, l’être humain ne peut vivre continuellement dans la peur, sinon il est malheureux et finit littéralement par en mourir. Que nous utilisions la voiture, l’avion, le train, le métro ou le bateau comme moyen de transport, il nous faut apprendre la confiance.

Même si, à Montréal, l’échangeur Turcot ou le pont Champlain laissent parfois échapper quelques blocs de béton, la confiance est une valeur spirituelle qui nous fortifie et nous aide à croître et à cheminer dans la dignité, tout en contribuant à améliorer toujours davantage la condition humaine.

Épaves, ruines et vestiges nous rappellent la vulnérabilité des êtres et des choses, le passage éphémère de notre existence sur terre. Tout passe ! Vanité des vanités, tout n’est que vanité ! (Ecclésiaste 1,1). Néanmoins, l’humilité et la confiance nous aident à ne pas sombrer dans les abîmes des ténèbres et de la peur, mais à vivre l’espérance. L’orchestre du navire a joué en finale : J’espère en toi moi Dieu… sans oublier qu’un certain paquebot, géant des mers, baptisé Titanic, et qui malgré ses prétentions de titan, a bel et bien coulé il y a maintenant cent ans…

Michel LaFontaine, B.Th.,M.A.


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Été 2012...

« Pourquoi des méchants ont-ils tué l’Amour ? »

Rencontre bouleversante avec l'Amour

"Pourquoi des méchants ont-ils tué l'Amour ?"... Tels sont les mots jaillis de la bouche et du cœur d’un garçon de 6 ou 7 ans, en contemplation devant le crucifix. Pour la première fois de sa jeune existence, l’enfant pénétrait dans l’église du village. Ce lieu lui était étranger car ses parents n’avaient pas jugé bon de l’initier à la foi. Ému par le caractère sacré du lieu et du décor, impressionné par les statues déposées sur leur socle, les yeux du garçonnet se sont soudain fixés sur la majestueuse représentation du Christ en croix, au fond du sanctuaire.

© 2012 - Photo Michel Lafontaine

Instinctivement, il se mit à genoux dans la première rangée de bancs en chêne et dans un élan de tristesse, il murmura : « Pourquoi des méchants ont-ils tué l’Amour ? ». Cette interrogation, combien de croyants et de théologiens ont tenté d’y répondre depuis la fondation du christianisme ! Jésus affirme dans l’Évangile de saint Matthieu (chapitre 11, verset 25) : «Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.»Samuel - tel est le prénom du jeune garçon - avait tout saisi de la face cachée de l’amour, à l’occasion de cette visite providentielle de l’église, grâce à l’invitation spontanée d’un confrère qui passait vérifier les lieux avant la célébration d’une messe qu’il s’apprêtait à célébrer.

L'Amour révélé aux tout-petits

La vérité vient de la bouche des enfants, dit le proverbe. J’aurais envie de préciser : Dieu parle aussi par la bouche des simples de cœur, des humbles, des plus petits, de ceux qui ploient sous leur fardeau. Samuel a pressenti, devant la représentation du Christ crucifié, l’Amour au cœur du monde. Quelle grâce ! Il a été capable d’associer le symbole de la croix à la mort de l’Amour. « Des méchants ont tué l’Amour ». Le jeune ne connaissait peut-être de Jésus que son prénom, mais il a su l’identifier par son nom très saint : « l’Amour ».

Lorsque mon confrère m’a raconté cette anecdote en apparence anodine, mais combien émouvante, j’en fus bouleversé et touché jusqu’au plus profond de mon cœur de prêtre. Un enfant, un bien-aimé de Yahvé, a identifié « l’Amour ».Cet Amour immolé, victime innocente, gisant sur la croix de nos fautes. Saura-t-il un jour, le petit Samuel, que cet Amour a transcendé la mort ? Qu’il est ressuscité pour nous tous, pour lui aussi ? Pour nous apprendre que l’Amour est plus fort que la mort ? Tel est le grand mystère de notre foi, le kérygme chrétien : Jésus est mort, il est ressuscité, et il reviendra dans la gloire!

L’Amour souffrant

À l’émotion suscitée par l’évocation de cette histoire, s’ajoute aujourd’hui la tristesse que j’éprouve. Au moment où je rédige ce billet, j’apprends le décès d’un proche ami âgé de 59 ans. Alors où il se préparait à prendre une retraite anticipée, on lui a annoncé qu’il souffrait d’un cancer. Il vient de prendre place dans la « barque de la miséricorde »* pour se diriger vers la rive de la félicité éternelle. La maladie, la « méchante », a tué l’amour. Mais la foi en Christ l’a soutenu, lui et ses proches, et c’est dans l’espérance qu’il a entrepris le périple qui le conduit à l’Amour éternel. L’Amour trucidé sur la croix triomphe une fois de plus du Mal et de la Mort. L’Amour du Christ triomphe des ténèbres. Et je crois qu’il en va de même pour tous les baptisés en Jésus mort et ressuscité. Même si l’absence de ceux qu’on aime nous laisse assurément dans un profond abattement, Dieu nous parle par ces événements. Il nous invite à replonger à la source de notre cœur d’enfant, là où se trouvent nos racines, pour ne pas succomber à la tentation du désespoir.

Un Amour qui accueille et qui relève

En dépit de la douleur, des pleurs, du chagrin, en dépit de la cruauté du monde et du genre humain, en dépit de la vieillesse, de la maladie et du naufrage, je crois que ce même Amour qui a été tué par des méchants, nous accueille, nous relève et nous soutient ! Puissions-nous nous laisser rejoindre par cet Amour immolé qui se donne pour le salut de l’humanité. Dieu d’Amour, condamné, tué et ressuscité, accueille-nous à ton heure dans le temple de l’Amour vivant, éternel et tout-puissant!

Redonne-nous un cœur d’enfant qui ne doute de rien afin que nous puissions communier par toi, en toi et avec toi à l’étendue du mystère incarné.« Heureux les pauvres de cœur, le Royaume de Dieu leur sera donné en partage. » (Matthieu chapitre 5, verset 1).


*
cf. André Bisaillon, “Golgotha” extrait de Prier la Vie, Novalis, 2011

Michel LaFontaine, B.Th.,M.A.


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Septembre 2012...

Le « printemps » du carré rouge…

aux couleurs automnales…

I

y a un peu plus d’une année, nous vivions le« printemps arabe»,porteur de changements notables au plan international. Les populations du Moyen-Orient brandissent les pancartes et aussi les fusils pour réclamer l’indépendance ou la démocratie… Cela a entraîné la chute du dictateur Kadhafi…Mais le «printemps arabe » se prolonge de manière dramatique en Syrie où les autorités royales ne cèdent en rien au peuple… ce qui entraînent des affrontements brutaux entre militaires et civils qui ont pour résultat de nombreuses pertes de vie…

Ces derniers mois, chez nous, au Québec, l’ambiance se colorait de rouge…Connaîtrons-nous un automne également dans les mêmes teintes?... Plusieurs feuilles de nos chers érables canadiens rougiront sûrement, mais pour quel enjeu ? Naturel ou politique?

Au cours des siècles, la couleur des drapeaux, des uniformes, du drapé royal et de la noblesse a su faire véhiculer des messages à la population, mais souvent équivoques. Notre histoire nous rappelle inévitablement les quiproquos enflammés entre les « rouges » et les « bleus »… Des chicanes profondes ont divisées familles et communautés.

Rappelons-nous qu’au temps de la Révolution française, la cocarde tricolore signifiait le changement, la liberté et la nouveauté. Les couleurs affichent et symbolisent des opinions, des conventions, des philosophies et des idées socio-politiques…

Le rouge carré porté par la communauté étudiante québécoise n’est pas un signe anodin. Il a permis à une partie de la population d’être solidaire autour d’un objectif commun.

Mais la signification de la couleur change constamment. En liturgie, le rouge symbolise le martyre. Avec Lénine, le rouge a représenté le communisme. Cette couleur identifie facilement un parti politique. Colère, agressivité et amour ne sont-ils pas symboliquement de même couleur rouge ? Et n’a-t-on pas revêtu le Christ de la Passion d’un manteau rouge ? Couleur du sang, couleur de la vie?

Mais qu’en est-il des autres couleurs de la palette infinie du spectre lumineux ? Le bleu, le vert, le blanc lancent aussi à l’humanité des messages en faveur de la paix, de l’écologie, de la fierté de certaines communautés autochtones qui revendiquent droits et protection ? Même au Vatican, la couleur exerce parfois un rôle primordial, par exemple, lors de l’élection d’un pape avec la fumée blanche ou noire… Et dans la tradition héraldique, la couleur des armoiries n’est pas de pure nature esthétique…

Notre printemps a apporté avec lui les tissus découpés en forme de carrés rouges portés fièrement sur les poitrines… Ce symbole représente les enjeux disputés par les étudiants qui ont manifesté par milliers dans les rues de Montréal, Québec, Trois-Rivières ou Sherbrooke… parfois au détriment de la population prise en otage par les blocages de la circulation ou les pertes économiques inhérentes aux paralysies urbaines engendrées par l’action étudiante.

D’aucuns réagissent en faveur des étudiants, d’autres considèrent leur cause exagérée et semble dégénérer en un climat social insécure. Néanmoins, ce débat qui se prolonge ne peut nous laisser indifférent. Comme chrétiens, nous sommes invités à réfléchir sur les valeurs qui se confrontent dans cette crise. Une loi spéciale brime le droit de manifester, quels sont les conséquences sur la démocratie, que peut-on penser des personnes qui ont perdu une journée de salaire parce qu’un pont était bloqué par la foule aux carrés rouges ? Doit-on être solidaire ou signifier simplement notre désaccord ? Dans quelle mesure la charité, l’espérance et la confiance sont-elles sollicitées et véhiculées au cœur de cette harde militante historique où des jeunes rappellent aux aînés que notre société doit faire des choix éthiques, justes et équitables pour que nous vivions dans un contexte sain et heureux ?

Le débat se poursuivra probablement dans les prochaines semaines. Je conclue en vous posant une question : quelle est la couleur du « carré » que vous portez présentement ? Quelle personne êtes-vous ? Quelles valeurs chrétiennes vous animent-t-elles ? Quelles sont vos opinions, votre philosophie, votre manière de concevoir la vie et l’humanité? Et Dieu, de quel couleur est-il ? Pour vous et pour lui ?... Nous n’avons pas le choix de répondre, car nous sommes confrontés à ce jeu de couleurs…

Michel LaFontaine, B.Th.,M.A.


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Octobre 2012...

« Fragile »ou « fragilisé » ???

A

vez-vous déjà été perçu par votre entourage comme une personne « fragile» ? Si oui, j’imagine que vous n’avez pas interprété cette expression comme s’il s’agissait d'un compliment ! Avouons cependant que d’aucuns accueillent cette remarque de manière positive. Se faire traiter de « fragile » leur évite d’affronter certaines réalités de la vie ou leur donne toute la latitude dont ils ont besoin pour camoufler la vérité ou se déresponsabiliser. « On ne peut lui annoncer tel événement ! Il ne s’en remettra pas! » ou encore « Évitons de lui demander tel service parce qu’il n’en aura pas la force ! »… « Il faut la protéger, elle pourrait tomber malade… » Cette étiquette « fragile»qu’on appose à autrui peut, au pire, l’empêcher d’évoluer ou l’inciter à se réfugier dans son statut d’être « fragilisé ».

Fragilité ou fragilisation

Je participais récemment à une conférence animée par Lytta Basset, professeure de théologie pratique à l’Université de Neuchâtel en Suisse et auteur de plusieurs ouvrages spirituels majeurs. Cette dernière préfère utiliser l’expression « personne fragilisée ». Statuer qu’un être est «fragile » le cantonne dans un état d’incapacité permanente. Alors qu’énoncer que Marie, par exemple, a été « fragilisée »conséquemment à telle maladie, telle perte, ou tel deuil indique plutôt que cette personne vit un processus, une période ou un temps de fragilité…

Il s’agit d’une période de turbulence dans la vie de la personne par rapport à la stabilité. Pendant un moment, une semaine, un mois, une année… la personne« ne se reconnaît pas », se sent vulnérable, et a perdu ses repères. Et ce qui différencie la fragilité de la fragilisation, c’est que cet état plus ou moins prolongé dans le temps, peut être l’apanage de monsieur et madame«Tout-le-Monde ». Personne n’est à l’abri d’un moment de crise dans sa vie. Parfois la « crise » somnolait tout doucement au fond de la personne, à l’état latent, et un beau matin, voilà qu’elle frappe de plein fouet !

La crise « fragilise » dans le temps

Vivre un état de crise n’a rien de reposant ! Certaines personnes se sentent anéanties, d’autres préfèrent laisser émerger le réflexe bien humain de se protéger, de se durcir ou de s’enfermer.« Je ne me laisse pas affecter par cette situation, je ne veux pas souffrir !... » Mais cette tentation s’avère néfaste pour la personne.

Accueillir, accepter que je puisse traverser une période difficile, intense, déchirante, et qu’il y a peut-être une lumière au bout du tunnel…permet de ne pas se sentir complètement écrasé, et fait naître l’espoir que dans un futur plus ou moins rapproché, je serai en mesure de me relever et de me sentir encore plus vivant ! La lucidité, c’est-à-dire la faculté de regarder les choses en face, devant une perte irréversible ou irréparable (santé, incapacités physiques, pertes cognitives, décès d’un être cher, etc.), ouvre un chemin de guérison pour la personne fragilisée…

Job : figure biblique « fragilisée »

L’image biblique la plus appropriée en rapport avec cette assertion demeure la figure de Job. Tout va bien pour lui jusqu’au jour où il perd tout : ses biens, ses enfants et la santé. Fragilisé, Job s’asseoit sur un tas de cendres et, démoralisé, anéanti, laisse le temps passer… Des amis viennent le visiter pour le consoler, mais la souffrance, la colère et l’état de fragilisation de Job l’amènent à regretter d’être vivant, lui fait souhaiter la mort et mettre Dieu au banc des accusés.

Job n’est pas un être fragile. Job est une personne« fragilisée » par une accumulation d’épreuves successives : il a tout perdu, absolument tout. Mais ce n’est pas pour toujours… Le peu de foi qui subsiste en lui permet de susciter un désir de vie, de « res-susciter»l’espérance, la confiance et l’amour qui font vivre pleinement !

Êtes-vous fragile ou fragilisé ?

Vous a-t-on déjà considéré comme un être « fragile » ?… Soyez alors conscient que les apparences sont le plus souvent trompeuses. Celui qui paraissait fort s’est écroulé facilement. Celui qui paraissait faible se relève de son épreuve encore plus fort et vivant! C’est d’ailleurs la morale de la fameuse fable de Jean de La Fontaine : Le chêne et le roseau !

Vous me direz que la nuance entre « fragile » et « fragilisé » n’est que de la sémantique. Je ne le crois pas. La réalité qui se cache derrière les mots est tout autre ! Restons convaincus qu’au cœur de nos détresses, de nos tempêtes et des crises qui semblent nous anéantir, en chaque petit geste d’affection, de délicatesse, de solidarité, de soutien du prochain, nous retrouvons la force de lutter et d’espérer.. Cette « divine douceur » qui se manifeste par le biais de notre entourage est porteuse du Tout Autre, du Vivant ! Elle nous rappelle que même « fragilisés », nous continuons d’exister ! Voilà pourquoi il ne s’agit pas que de simples « maux »…

Michel LaFontaine, B.Th.,M.A.


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Novembre 2012...

Souvenirs de novembre

Que ce soit par l'évocation de la devise du Québec -Je me souviens- ou par la commémoration de la Journée du souvenir, il apparaît évident que le faculté de "Se souvenir " revêt depuis toujours, et particulièrement de nos jours, une importance vitale dans l'évolution de l'humanité... Surtout à l’heure où les cellulaires et les tablettes tactiles nous permettent de transmettre et de recevoir l'information partout dans le monde et en temps réel.

Âgés, nous vivons dans l'angoisse de perdre la mémoire, les souvenirs, le souvenir des gens et des événements passés. Alors que les jeunes sont souvent portés à se projeter dans le futur, à gaspiller l'instant présent… Au point d’oublier de le vivre vraiment !


Les pertes cognitives, les oublis, les souvenirs qui s'estompent insidieusement, surtout s'ils se rapportent à des événements récents, nous font craindre l'apparition imminente de ces terribles maladies qui font perdre jusqu’au souvenir de notre nom… Le souvenir provoque forcément une réaction émotive, qu'elle soit joyeuse, triste ou mélancolique, selon le contexte que ce souvenir évoque: une personne aimée, un événement malheureux, une rencontre importante, un objet précieux… On aurait envie de dire: je me souviens donc je vis !

Depuis le siècle dernier, le mois de novembre nous rappelle à son "bon souvenir". Le gouvernement fédéral a en effet institué le« Jour du Souvenir » à la mémoire des glorieux combattants de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), mort au champ d'honneur. Ainsi, chaque 11 novembre, il est d'usage de se réunir, autour de la tombe du « soldat inconnu »,afin de déposer des gerbes de fleurs, de leur rendre un hommage posthume, de se souvenir…

Diverses cultures et traditions religieuses proposent également des rituels consacrés à la mémoire des défunts ou au souvenir des ancêtres… La religion chrétienne nous invite particulièrement à prier, à nous souvenir et à invoquer les« fidèles défunts », le 2 novembre, dans les lieux de culte et les cimetières. Elle nous invite à garder en mémoire tous ceux qui nous sont chers et qui sont partis vers un autre monde, une autre patrie, une autre rive, récemment ou au cours des années.

Ces rassemblements s’avèrent un moment de communion les uns avec les autres, dans la lumière et l’espérance, peu importe notre foi, nos convictions et nos valeurs. Cet espace temporel et spirituel se veut un instant de paix au goût d’éternité…

Novembre, mois où les arbres se dénudent complètement et semblent morts, nous appelle sur la route des cimetières et des pierres tombales afin d’y graver encore une fois l’empreinte de nos pas et la trace indélébile dans nos cœurs. Le nom des êtres disparus restant à jamais gravés dans les fibres de notre âme, dans les replis de la mémoire, dans les souvenirs éternels de la communion des saints et des saintes…

« Un souvenir est plein de charmes ,

il parle au cœur dans le malheur

il adoucit regrets et larmes rien n'est plus doux qu'un souvenir..." dit le poète.

Doris Lussier, comédien et philosophe québécois, ajoute :

« Ceux que nous avons aimés,

ceux que nous avons perdus

ne sont plus où ils étaient,

mais ils sont toujours et partout

là où nous sommes.

Cela s’appelle d’un beau mot

plein de poésie et de tendresse :

Le souvenir »

Dans ce jardin spirituel du souvenir,

nous sommes les promeneurs qui s'attardent un moment

au jardin de l’amour,

au jardin de l’espérance

au jardin de la paix…

au jardin de la lumière…

La vie reprend à l’heure de nos choix fondés sur l’Amour. La vie, … est toute à inventer. Elle est toute à accueillir,

elle reprend au jardin des saisons de la vie…

Que ce soit à la Toussaint, à la commémoration de tous les fidèles défunts ou au Jour du souvenir, l'évocation respectueuse des personnes qui ont enrichi notre mémoire collective ou individuelle n’a rien d’une activité banale. Il s’agit de traditions qui nous permettent de reprendre contact avec nos racines. La peur de la perte, la crainte d'oublier, de ne plus nous souvenir sont des menaces à notre identité humaine. C’est pourquoi les maladies affectant la mémoire nous effraient autant ! Nier la perte et la mort, refuser de se souvenir, c’est déjà mourir. Se souvenir, c’est vouloir vivre ! Bons souvenirs!

Michel LaFontaine, B.Th.,M.A.


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Décembre 2012...

NOËL OUBLIÉ ???

Novembre entamé, il semble encore une fois que le coquelicot rouge de la fête du Souvenir soit passé inaperçu. Idem pour la commémoration des défunts. À peine éteintes les bougies donnant vie aux citrouilles de l’Halloween sur les perrons ou aux fenêtres des maisons, nous voyons se déployer sans transition tout l’arsenal des décorations de Noël : lumières multicolores, sapins naturels ou artificiels, guirlandes, couronnes, boules chatoyantes, personnages gonflés et loufoques…

Dès l’instant ou s’éteint le souffle émouvant de la cornemuse rendant hommage aux soldats disparus, les airs de Noël envahissent outrageusement notre espace sonore, pendant que la cohorte des pères Noël et des lutins en poste dans les centres commerciaux, nous invitent à la consommation à outrance. Insidieusement, on nous envoie le message que Noël débute le 1ernovembre et se termine le 24 décembre à 17h00, heure de fermeture des commerces…

Or, pour les chrétiens du monde entier, Noël débute bien le 25 décembre,à minuit,et se célèbre jusqu’à l’Épiphanie. En dépit du fait que pour des raisons de logistique, la fameuse « messe de minuit » est actuellement célébrée à 16h00, 18h00, 20h00 ou 22 heures… et enfin à minuit, de récentes statistiques nous révèlent que la « messe de minuit » est la moins fréquentée dans nos églises! En tant que prêtre, il m’est arrivé de me retrouver dans une église pratiquement déserte, dans la matinée du 25 décembre, pour célébrer la Nativité de notre Seigneur Jésus Christ!

 

Noël, fête dénaturée? De toute évidence, il s’agit pour le moins d’une fête oubliée, sinon incomprise ! Dans l’esprit populaire, Noël est devenue la fête des enfants et des cadeaux, la fête des commerçants et des compagnies de crédit, la fête de Santa Claus et de sa fée des étoiles, la fête des excès… Mais parmi cette orgie matérialiste, où est passé le divin Enfant ?Où sont passées nos véritables valeurs de foi, d’espérance, de paix, de joie véritable, de partage et d’amour ?

Je me souviens avec émotion, lors des célébrations familiales de mon enfance, d’avoir entendu chanter des cantiques entrecoupés par la chanson de Paolo Noël: « Noël, c’est l’amour, viens chanter, toi, mon frère ! »… Même si Noël s’avère aujourd’hui une fête malmenée à cause de tous les courants hédonistes, matérialistes, individualistes et artificiels, je ne désespère pas du genre humain. Noël suscite, année après année, des élans spontanés d’une générosité inouïe. Guignolées, banquets pour les personnes isolées, âgées ou malades, activités festives dans les centres d’hébergement ou les hôpitaux, concerts gratuits, prestations émouvantes ou enjouées des chorales, distribution de présents et de paniers de Noël pour les plus démunis, visites d’amitié auprès des personnes seules, tout cela contribue à redonner son véritable sens à la fête de Noël…

Oui, Noël demeure une fête liturgique d’importance au sein du christianisme. « Le verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous »,nous dit saint Jean l’Évangéliste. Noël symbolise ce moment unique de l’histoire où la divinité se mêle à notre humanité… pour la gloire de Dieu et le salut du monde ! Voilà pourquoi, je vous invite fraternellement, en tant que chrétiens, à revenir aux vraies valeurs de la Nativité. Parmi les croyants, on rencontre trop souvent des gens nostalgiques, désabusés, qui n’ont plus le goût de fêter Noël tel qu’on le conçoit de nos jours… Bien sûr, pour d’aucuns, cette célébration ravive des souvenirs tristes ou douloureux, surtout lorsqu’ils repensent à leurs aimés disparus… Mais si on revient aux sources bibliques et historiques de la Nativité, qui fait partie des deux sommets de l’année liturgique -Pâques étant le premier-, cela nous disposera à redonner son sens à la fête de Noël. Réjouissons-nous que l’Emmanuel, le« Dieu-avec-nous» se soit fait enfant pour partager notre humanité.

Noël, fête dénaturée ? Peut-être parce qu’on ne la fête plus au bon moment, parce qu’on a oublié son message profond et ses valeurs religieuses. Peut-être parce qu’on passe à côté du« mystère » de la naissance et de la vie? Noël, fête oubliée, fête mal-aimée parfois, n’en continue pas moins de susciter en mon cœur de croyant, un bonheur discret, indicible, qui m’invite à l’adoration, à la contemplation, à l'action de grâce, au silence ressourçant dans le brouhaha que les festivités superficielles suscitent au cœur de notre monde actuel.

C’est dans cet esprit d’espérance fraternelle que je désire vous offrir mes meilleurs vœux à l’occasion de la fête de Noël. Puisse le sourire doux et tendre de l’Enfant vous apporter personnellement la paix, la sérénité et l’amour promis à tous les hommes et les femmes de bonne volonté. Je vous bénis. +

Michel LaFontaine, B.Th,M.A.


Vives reconnaissances à Monsieur André Bisaillon pour la révision et la correction

de tous les textes présentés dans cette chronique mensuelle.


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