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Michel Lafontaine B.Th.,M.A. vous souhaite la bienvenue !

Les jardins sont

une des formes de rêve,

comme les poèmes,

la musique et l'algèbre.


Hector Bianciotti

Dernière mise à jour | 9 janvier 2017

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  Jardin Madeleine Delbrêl  


Madeleine Delbrêl (1904-1964)

Nous autres, gens des rues, Seuil, 1966


« Nous avons joué de la flûte et vous n’avez pas dansé »

(Matthieu 11,17)

S’il y a beaucoup de saintes gens qui n’aiment pas danser, il y a beaucoup de saints qui ont eu besoin de danser, tant ils étaient heureux de vivre : sainte Thérèse avec ses castagnettes, saint Jean de la Croix avec un Enfant Jésus dans les bras, saint François, devant le pape. Si nous étions contents de vous, Seigneur, nous ne pourrions pas résister à ce besoin de danser qui déferle sur le monde, et nous arriverions à deviner quelle danse il vous plaît de nous faire danser en épousant les pas de votre Providence.

Car je pense que vous en avez peut-être assez des gens qui, toujours, parlent de vous servir avec des airs de capitaines, de vous connaître avec des airs de professeurs, de vous atteindre avec des règles de sport, de vous aimer comme on s’aime dans un vieux ménage.

Un jour où vous aviez un peu envie d’autre chose, vous avez inventé saint François, et vous en avez fait votre jongleur. À nous de vous laisser inventer pour être des gens joyeux qui dansent leur vie avec vous.

Pour être un bon danseur, avec vous comme ailleurs, il ne faut pas savoir où cela mène. Il faut suivre, être allègre, être léger, et surtout ne pas être raide. Il ne faut pas vous demander d’explication sur les pas qu’il vous plaît de faire. Il faut être comme un prolongement, agile et vivant de vous, et recevoir par vous la transmission du rythme de l’orchestre. Il ne faut pas vouloir à tout prix avancer, mais accepter de tourner, d’aller de côté. Il faut savoir s’arrêter et glisser au lieu de marcher. Et cela ne serait que des pas imbéciles si la musique n’en faisait une harmonie.

Mais nous oublions la musique de votre esprit, et nous faisons de notre vie un exercice de gymnastique; nous oublions que, dans vos bras, elle se danse, que votre sainte Volonté est d’une inconcevable fantaisie, et qu’il n’est pas de monotonie et d’ennui que pour les vieilles âmes qui font tapisserie dans le bal joyeux de votre amour.

Seigneur, venez nous inviter. Nous sommes prêts à vous danser cette course à faire, ces comptes, le dîner à préparer, cette veillée où l’on aura sommeil. Nous sommes prêts à vous danser la danse du travail, celle de la chaleur, plus tard celle du froid. Si certains airs sont souvent en mineur, nous ne vous dirons pas qu’ils sont tristes; si d’autres nous essoufflent un peu, nous ne vous dirons pas qu’ils sont époumonants. Et si des gens nous bousculent, nous le prendons en riant, sachant bien que cela arrive toujours en dansant.

Seigneur, enseignez-nous la place que, dans ce roman éternel amorcé entre vous et nous, tient le bal singulier de notre obéissance.

Révélez-nous le grand orchestre de vos desseins, où ce que vous permettez jette des notes étranges dans la sérénité de ce que vous voulez. Apprenez-nous à revêtir chaque jour notre condition humaine comme une robe de bal, qui nous fera aimer de vous tous ses détails comme d’indispensables bijoux.

Faites-nous vivre notre vie, non comme un jeu d’échecs où tout est calculé, non comme un match où tout est difficile, non comme un théorème qui nous casse la tête, mais comme une fête sans fin où votre rencontre se renouvelle, comme un bal, comme une danse, entre les bras de votre grâce, dans la musique universelle de l’amour.

Seigneur, venez nous inviter.


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