© 2010 - 2017 Tous droits réservés Michel-Lafontaine.com - Reproduction interdite

Michel Lafontaine B.Th.,M.A. vous souhaite la bienvenue !

Les jardins sont

une des formes de rêve,

comme les poèmes,

la musique et l'algèbre.


Hector Bianciotti

Dernière mise à jour | 9 janvier 2017

Rechercher un thème sur le  site


Un parc spirituel

aux nombreux

sentiers & jardins

à parcourir

Nouveau flux RSS
Share on Facebook

© 2010 - 2013 Tous droits réservés Michel-Lafontaine.com - Reproduction interdite

  Sentiers de la spiritualité chrétienne…  


Saint Bernard de Clairvaux 

(1090-1153)

 

moine cistercien 


 


La spiritualité cistercienne est implantée au Québec depuis des générations. Tout le monde connaissait autrefois la "Trappe d'Oka",

où du moins le célèbre fromage créé par les moines ! J'ai eu la chance de faire quelques séjours au monastère d'Oka, transféré aujourd'hui dans la région de Saint-Jean-de-Matha (Lanaudière, Québec). Ces retraites de silence faisait du bien à mon âme

et continue de m'alimenter le coeur aujourd'hui. Mais c'est par le biais d'un "travail scientifique" à l'Université que j'ai été épris par la figure bernardienne. Cet homme enflammé du Christ et de la Vierge a eu une influence notable sur un courant majeur de la vie monastique. Son Oeuvre est un joyau au coeur de la spiritualité chrétienne. Elle inspire à retrouver la simplicité évangélique

dans notre monde technique et consommateur...

Michel Lafontaine, B.Th. M.A.


 



 









  

  Introduction

 

Les 11e et 12e siècles ont été un temps fort où se vivent, dans le domaine de la vie monastique, de nombreuses fondations réformatrices. Un souci authentique d’un retour aux sources de la vie religieuse se fait ressentir. Cîteaux entre à l’intérieur de ce vaste mouvement de réforme et en constitue l’apogée grâce à sa forte expansion.

Son splendide rayonnement sera dû, en grande partie, à un jeune homme qui frappe aux portes du monastère en 1112 et qui, à peine trois années plus tard, sera chargé de fonder l’abbaye de Clairvaux : cet homme est nul autre que saint Bernard.


_______________________________________________________________________________________________



  1- Naissance, formation et vocation de Bernard de Fontaines

 

C’est en Bourgogne, tout près de Dijon, que Bernard de Fontaines voit le jour en 1090. Ses parents, Tescelin le Saur, seigneur de Fontaines, et Aleth de Montbard, « comptaient parmi les plus riches propriétaires fonciers de la région. Donc, saint Bernard était, de par ses origines, un féodal » (note 1). Il se révèle un homme relativement instruit et est appelé à un brillant avenir. Il reçoit une bonne formation littéraire; il acquiert aussi une connaissance globale de la Bible, des Pères de l’Église, de Cicéron et d’autres auteurs profanes.

 

Mais Dieu poursuit en lui son œuvre. Il le « travaille », et Bernard ne résistera pas à la grâce… Il se sent appelé à un don total et généreux de lui-même, et comme il est « d’une nature trop entière pour accepter les demi-mesures » (note 2). Il se tourne donc vers l’Abbaye de Cîteaux, le « nouveau monastère » fondé quelques années auparavant, « dont la réputation d’austérité faisait trembler tous les lieux d’alentour » (note 3), si bien qu’un sérieux problème de recrutement menace de faire disparaître à court et à moyen terme cette jeune fondation. Mais Bernard de Fontaines n’arrive pas seul au couvent. Il entraîne avec lui une trentaine de compagnons, parents ou amis (note 4), et il apporte, au printemps 1112, un élan nouveau au monastère de Cîteaux. Il suscite, par la même occasion, le développement de l’Ordre cistercien : en lui l’institution naissante reçoit « un génie et un saint qui allait imprimer sa forme définitive à la conception cistercienne de la vie religieuse » (note 5).

                             

                                                                                                                                                                                                                                                                    © Armoiries de l’Ordre cistercien

Note 1 :  Z. OLDENBOURG, Saint Bernard, Albin Michel, 1970.

Note 2:  « Nous ne savons pas si sa vocation religieuse date de sa première adolescence, et il est permis d’en douter (…). Très vraisemblablement, ce fut la mort, presque subite, de sa mère, qui décida de sa vocation ». Bernard avait alors 16 ans. Z. OLDENBOURG, Saint Bernard, Albin Michel, 1970.

Note 3: E. VACANDARD, Vie de saint Bernard, Abbé de Clairvaux, t.I, Gabalda, 1927. « On ne fait pas vieux os à Cîteaux. Les contemporains admirent – mais de loin. Entrer à Cîteaux, c’est un peu, à leurs yeux, s’enterrer vivant. » E. GONDINET, Les moines blancs et l’appel au désert, dans 2000 ans de christianisme, t.3, Aufadi, 1975.

Note 4 : « Il est permis d’insister sur le caractère militant et collectif de cette vocation : il révèle déjà ce que saint Bernard devait devenir par la suite – un conquérant ». Z. OLDENBOURG, Saint Bernard, Albin Michel, 1970.

Note 5:  P. SALMON, L’ascèse monastique et les origines de Cîteaux, dans Mélanges saint Bernard, Dijon, 1954.

____________________________________________________________________________________________________________________________

  

 2- Le monastère de Cîteaux

Cîteaux, à la veille du 12e siècle, vit de l’intérieur un grand mouvement de réforme monastique suscité par une volonté de se séparer plus complètement du monde et d’un retour vers une pauvreté plus absolue. De ce mouvement naisse diverses fondations; certaines disparaissent rapidement et d’autres vont subsister jusqu’à nos jours (note 6). L’Abbaye de Cîteaux doit donc son origine ou sa naissance à un mouvement de réaction, et plus précisément à celui de quelques moines du monastère de Molesme, ayant à leur tête un dénommé Robert, dont l’idéal tend à une pratique plus littérale de la Règle de saint Benoît de Nursie, fondateur de monachisme bénédictin.

Le moine Robert quitte donc son monastère, suivis d’autres religieux, pour aller s’installe sur un site marécageux  (note 7), tout près de Dijon, pour y trouver « cette solitude, cet éloignement du monde, ces pauvreté caractéristique de l’observance de la Règle qu’ils veulent instaurer dans le Nouveau monastère » (Note 8). L’année suivante, Albéric succèdera à Robert, celui-ci étant rappelé par les religieux de Molesme. Le nouvel abbé s’attaque principalement à donner à la nouvelle fondation des Institutions qui en formeront l’assise, et nuancent certains règlements concernant nourriture et vêtements (note 9). Son œuvre sera poursuivie par Etienne Harding qui deviendra abbé en 1109 : ce dernier achève la réforme liturgique (note 10) et rédige en 1114 la Carta caritatis, charte devenue nécessaire pour sauvegarder l’unité d’observance religieuse en l’Abbaye-Mère et les quatre premières « filles » issues de Cîteaux (note 11). 


Note 6:  « L’esprit de réforme monastique qui avait fait lever tant de nouvelles communautés durant le 11e siècle, trouvera son apogée, en 1098, dans la fondation du monastère de Cîteaux qui, en essaimant, allait former bientôt l’un des plus puissants ordres contemplatifs dans l’Église ». T. MERTON, Aux sources du silence, DDB, 1952.

Note 7 : Cîteaux tire l’origine de son nom d’un vieux mot gaulois : cistels, qui signifie marais.

Note 8 :  P. COUSIN, Précis d’histoire monastique, Bloud & Gay, 1956.

Note 9 : On lui doit l’habit blanc cistercien (l’habit noir représente les bénédictins). Voir E. VACANDARD, Vie de saint Bernard, abbé de Clairvaux, Gabalda, 1927.

Note 10 :  Cette réforme liturgique est faite en réaction contre l’Abbaye de Cluny et ses filiales dont les cérémonies et offices religieux sont très longs et fastidieux, et la décoration des église, très riche. Voir  C. GROLLEAU & G. CHASTEL, L’Ordre de Cîteaux – La Trappe, Grasset, 1932.

Note 11 : Les premières fondations de Cîteaux furent Ferté-sur-Grosne en Saône-et-Loire (17 mai 1113), Pontigny en Yonne (31 mai 1114), Clairvaux dans l’Aube (25 juin 1115), et à la même date, Morimond, près de Chaumont.


Plans de l’Abbaye de Cîteaux - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècles par Eugène Viollet-Le-Duc © 1856



Accueil   Commentaires    Haut de page   Sentiers spirituels    Christianisme


___________________________________________________________________________________________________________________________





















___________________________________________________________________________________________________________________________


    4- Fondation de l’Abbaye de Clairvaux

Le séjour de Bernard à Cîteaux sera de courte durée. « Bientôt – tant les novices se pressent – il faut essaimer sous peine de congestion » (note 14). Etienne Harding charge donc Bernard, à peine âgé de 24 ans, de fonder un nouveau monastère, celui de Clairvaux. Bernard devient alors abbé et chef de douze moines; il sera le père de ses frères et de ses aînés et se donnera corps et âme à leur formation ainsi qu’à l’établissement matériel du monastère (note 15). Comme il n’est pas encore prêtre à ce moment, il reçut vraisemblablement le sacerdoce des mains de Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons-sur-Marne. Il demeure abbé de Clairvaux pendant 38 ans jusqu’à sa mort (en 1153).

 

La fondation de l’Abbaye de Clairvaux par Bernard remonte au 25 juin 1115; cette nouvelle filiale de Cîteaux est plantée aux creux d’une claire vallée (note 16), ensoleillée tout le long du jour et située aux abords des rives de l’Aube sur un terrain donné par le comte de Champagne. Dans cette contrée calme et éloignée du monde, appelée aussi vallée de l’Absinthe, on éleve les premiers bâtiments claustraux « sur un plan un peu mesquin, où la communauté se trouvera bientôt à l’étroit. La chapelle même ne reçut aucun caractère monumental » (note 17). Ces cisterciens fondateurs vivaient dans des conditions d’extrême

© Photo Henri Gaud - Abbaye de Clairvaux - Bâtiments de convers                                     pauvreté, à l’exemple de leur saint abbé qui, jusqu’à sa mort, « resta attaché à la rustique                                                                                                                pauvreté des premières années de Clairvaux » (note 18).


Note 14 :  J. PONTIN, Bernard de Clairvaux 1090-1153, dans 2000 ans de christianisme, Aufadi, 1975.

Note 15 :  « Toute son œuvre à Clairvaux ne consiste qu’à prolonger son expérience de Cîteaux : comme Moïse dans la nuée, il avait eu alors la vision de l’idéal que, maintenant, il tenterait de réaliser ». J. LECLERCQ, Saint Bernard mystique, DDB, 1948.

Note 15 :  « Le site de Clairvaux est plus riant et plus salubre que celui de Cîteaux ». Z. OLDENBOURG, Saint Bernard, Albin Michel, 1970.

Note 16: E. VACANDARD, Vie de saint Bernard, abbé de Clairvaux, Gabalda, 1927.

Note 17: «  Les premiers hivers seront atroces. L’ordinaire des repas consistait parfois en feuilles de chêne cuites à l’eau et saupoudrées de sel. » J. PONTIN, Bernard de Clairvaux 1090-1153, dans 2000 ans de christianisme, Aufadi, 1975.

Note 18 : Z. OLDENBOURG, Saint Bernard, Albin Michel, 1970.

___________________________________________________________________________________________________________________________

 

  5- Bernard, abbé de Clairvaux

Tout au long de son mandat abbatial, Bernard est fréquemment appelé à agir au dehors de son monastère dans la vie de l’Église de son époque. Il doit voyager beaucoup, participer à divers conciles, débattre de questions théologiques, réformer communautés et clercs. Il œuvre à provoquer un mouvement de retour à l’intégrité évangélique. Mais il demeure bien conscient qu’il est avant tout un moine (note 19) : il se complaît dans son monastère et dans la direction spirituelle de ses frères en communauté. Il travaille sans cesse, avec acharnement même, à la diffusion de l’idéal cistercien et à susciter de multiples vocations. « Son ordre, car Cîteaux n’a connu sa vraie naissance qu’avec lui, fut sa plus grande œuvre et le meilleur levier de toutes ses actions apostoliques » (note 20). Sa préoccupation première vise tout d’abord la réforme de la vie monastique et, par le fait même, le salut des âmes.

Saint Bernard aime donc se retrouver dans son cher monastère de Clairvaux. Bon administrateur et moine exemplaire, il aura de plus un amour presque maternel envers ses frères religieux, ses « petits » (note 21). Selon Geoffroy d’Auxerre, un de ses biographes contemporains, il enseignait et gouvernait avec beaucoup  d’humanité (note 22), employant un langage simple, afin de conduire ses moines le plus sûrement possible vers la contemplation mystique et l’union de leur âme à Dieu.

 

                         © Abbaye cistercienne d’Acey, France    

Note 19 : « Saint Bernard est docteur monastique; même quand il n’écrit pas pour des moines, il juge tout en moine et en cistercien qui voit dans l’ordre auquel il appartient une sorte de nécessité parfaite ». J. LECLERCQ, F. VANDENBROUCKE & L. BOUYER, La spiritualité du Moyen-Age, t.II, Histoire de la spiritualité chrétienne, Aubier, 1961.

Note 20 : J. CHELINI, Histoire religieuse de l’Occident médiéval, Armand Colin, 1968.

Note 21 : DANIEL-ROPS, Quand un saint arbitrait l’Europe : saint Bernard, Fayard, 1953.

Note 22 : Cela explique en partie l’abondance des recrues au monastère de Clairvaux. Voir J. LECLERCQ, Saint Bernard et l’esprit cistercien, Seuil, 1966.



Accueil   Commentaires    Haut de page   Sentiers spirituels    Christianisme


__________________________________________________________________________________________________________


   6- L’originalité cistercienne

Quelle est l’originalité de l’idéal cistercien ?

« Le véritable accomplissement de la vie cistercienne était bien plus que l’observance littérale de la Règle de saint Benoît, bien mieux encore que la parfaite charité fraternelle, dans une vie commune pareille à celle des premiers chrétiens » (note 23). Pour saint Bernard, ce ne sont que des moyens, efficaces et nécessaires néanmoins, pour parvenir à cette fin ultime (note 24). Car la Règle bénédictine, on ne peut le nier, favorise un renoncement et un dépouillement qui permettent la recherche et le service de Dieu. De plus, l’abbé Bernard ne cache pas que prise dans sa rigueur, la Règle « était onéreuse à la nature humaine (…). C’était là, il faut en convenir, une vie qui dépassait la mesure des forces de l’homme » (note 25).

© Abbaye cistercienne de Mistassini, Québec, Canada

Aussi, nous pouvons résumer l’observance ou l’originalité cistercienne à un retour à la simplicité primitive de la Règle. D’abord, un retour à la solitude : on choisissait un milieu qui favoriserait cette solitude intérieure et de dépossession dans l’âme du moine; retour au travail manuel, à une nourriture plus sobre, à des vêtements moins riches, à une liturgie plus modeste et à une pauvreté plus absolue (no 26). Dépouillement et simplicité devaient, de plus, s’exprimer dans l’architecture même des abbayes et des églises cisterciennes. Quoique la Règle de saint Benoît n’ait rien prévu à cet effet, le monastère devait refléter parfaitement dans sa structure l’image de l’âme contemplative selon saint Bernard (note 27), c’est-à-dire un mélange de solidité, de luminosité, de simplicité et « d’allégresse surnaturelle » (note 28).

 


Note 23 : T. MERTON, Aux sources du silence, DDB, 1952.                                                                                                                                               © Abbaye cistercienne de Fontenay, France

Note 24 : M.M. Davy souligne d’ailleurs « qu’il ne faudrait pas croire que la seule pratique de la Règle conduit les moines à la vie mystique ». (M.M. DAVY, L’école bénédictine, dans Encyclopédie des Mystiques, Laffont, 1972. Saint Benoît le souligne lui-même au dernier chapitre de la Règle : elle n’est qu’une initiation « très modeste »… Règle de saint Benoît, chapitre LXXIII.

Note 25 : E. VACANDARD, Vie de saint Bernard, abbé de Clairvaux, Gabalda, 1927.

Note 26 : Cette simplicité s’exprime dans plusieurs domaines. Tout d’abord, pour permettre une plus grande disponibilité aux moines de participer à l’office du chœur, il y aura l’institution des frères convers, inconnus dans la Règle, qui devaient aider les moines dans leur travail sans être soumis à tous les règlements de la vie communautaire. Au plan alimentaire, « la viande, le poisson, les œufs, le laitage et le pain blanc étaient des mets inconnus. Les légumes, secs ou verts, l’huile, le sel et l’eau firent les frais de la table cénobétique »;   et « pour tous vêtements, la Règle de saint Benoît, strictement interprétée, tolérait la tunique ou robe étroite en serge qui enveloppait le corps jusqu’à mi-jambe, et la coule en laine, robe flottante pourvue de manches et surmontée d’un capuchon ou capuce ». VACANDARD, Vie de saint Bernard, abbé de Clairvaux, Gabalda, 1927. Enfin, les moines cisterciens refusaient « l’usufruit de paroisses et de biens seigneuriaux, les dîmes et autres avantages de la féodalité ecclésiastique ». T. MERTON, Aux sources du silence, DDB, 1952.

Note 27 : « Bernard sera à l’origine d’un plan de monastère, qui de Clairvaux, se répandra en diverses régions d’Europe. Les historiens avaient parlé d’un plan cistercien, et la formule a été contestée. Mais il y eut sûrement un plan claravallien, c’est-à-dire bernardin. » J. LECLERCQ, Saint Bernard mystique, DDB, 1948.

Note 28 :  Voir T. MERTON, Aux sources du silence, DDB, 1952. « Ces églises, on les voulait blanches, sans fresques, sans vitraux de couleur, sans chapiteaux surchargés de sculptures, sans monstres et aussi sans figures de saints humainement belles, sans broderies de soie et d’or; mais faites de belle pierre, simples, harmonieuses, aux lignes pures et fortes. » Z. OLDENBOURG, Saint Bernard, Albin Michel, 1970.

__________________________________________________________________________________________________________
























___________________________________________________________________________________________________________________________


  8- Un idéal contemplatif

Ainsi, pour saint Bernard, « homme exceptionnel qui vit profondément, avec une totale générosité, le mystère du Christ, (…), homme qui garde des faiblesses, mais dans lequel agit la puissance du Seigneur » (note 32), l’essentiel de la vie monastique réside dans ascension mystique de l’âme vers on Créateur et Sauveur, et c’est en cela que consiste le véritable caractéristique de la vocation cistercienne. Le pape Eugène III, lui-même moine blanc, écrivait d’ailleurs au Chapitre général de 1150 que « la vie et la mort de l’Ordre dépendaient de sa fidélité à l’idéal contemplatif » (note 33).

En tant qu’abbé de Clairvaux, Bernard a conscience d’avoir charge d’âmes. Il doit former ses moines à la vie religieuse et les conduire à Dieu. Il y consacre le meilleur de son temps, pour les mener sur les voies de la sainteté : « le cloître ne sera jamais rien d’autre que l’école du salut, le lieu unique où les faibles forces que nous donne la nature ne s’exténuent point, où le danger de mort spirituelle puisse être écarté » (note 34).

 


© 2005 Michel Lafontaine - Abbaye de Jumièges, France

Note 32 :  J. LECLERCQ, F. VANDENBROUCKE & L. BOUYER, La spiritualité du Moyen-Age, t.II, Histoire de la spiritualité chrétienne, Aubier, 1961.

Note 33 :  « L’Ordre cistercien est essentiellement contemplatif, et il l’est dans le sens le plus pur et plus strict ». T. MERTON, Aux sources du silence, DDB, 1952.

Note 34 : DANIEL-ROPS, Quand un saint arbitrait l’Europe : saint Bernard, Fayard, 1953.


Accueil   Commentaires    Haut de page   Sentiers spirituels    Christianisme



____________________________________________________________________________________________________________________________


  9- Humilité et charité

Pour réaliser l’idéal de la vie cistercienne, saint Bernard pose l’humilité comme base de la perfection évangélique. Elle permet à l’être humain de se connaître vraiment en lui faisant prendre conscience de tout ce qui reste en lui de charnel, de misère, et de tendance à pécher. Cette humilité, dans l’obéissance et la vie commune, se révèle, de plus, source de charité (note 35).

Saint Bernard avait reproché à ses frères cisterciens de manquer à la charité dans leur querelle avec les religieux de l’Abbaye de Cluny. Aussi, pour lui, il est inadmissible qu’un moine laisse cette vertu à l’écart, car l’esprit de « la Règle est ordonné, et subordonné, au primat de la charité » (note 36) où peut se pratiquer l’art de l’amour…

Cet amour du prochain, devoir de tout chrétien, et plus spécialement du moine, conduit ce dernier à l’aboutissement de la vie monastique : celui d’un constant désir de contemplation ou plutôt de l’union d’amour avec Dieu. Pour atteindre cet état, saint Bernard enseigne à ses disciples à aimer le Christ, à l’imiter dans son humanité, et par là, l’âme peut, par la suite, parvenir au Verbe divin : « elle franchit ainsi le niveau charnel pour adhérer au plan spirituel qui lui permet de s’unir à Dieu en l’aimant » (note 37); c’est la communion parfaite, en quelque sorte… Tout concourra, dans l’observance cistercienne, à ce pur état : l’Office divin, le travail manuel, la lectio divina  et l’oraison (note 38); de plus, la séparation du monde constitue un élément essentiel à cette vie contemplative (note 39).


© 2005 Michel Lafontaine - Abbaye de Jumièges, France

Note 35 : « L’humilité cistercienne rend  très prudent car elle enseigne combien la volonté est faible et blessée, et combien l’égoïsme et la passion aveuglent l’intelligence. (…) L’humilité et la charité sont toutes deux expériences de la vérité : vérité sur nous-mêmes et la vérité sur les autres ». T. MERTON, Aux sources du silence, DDB, 1952.

Note 36 & 37: J. LECLERCQ, F. VANDENBROUCKE & L. BOUYER, La spiritualité du Moyen-Age, t.II, Histoire de la spiritualité chrétienne, Aubier, 1961.

Note 38 :  La lectio divina est une lecture méditative d’extraits bibliques, accompagnée de silence et de moments d’oraison. « La spiritualité cistercienne consistait donc à chercher la possession de Dieu par l’amour du Christ, à travers les mystères de l’Écriture (Bible) et dans l’observance parfaite de la Règle pour le mieux servir. » T. MERTON, Aux sources du silence, DDB, 1952.

Note 39 : « Pour un cistercien, être contemplatif, c’est revenir à la pauvreté du Christ, à la vie du « désert », fuir toutes les compromissions avec le système féodal et rétablir l’équilibre entre le temps et la prière, le temps et la lecture spirituelle et le temps du travail physique ». E. GONDINET, Les moines blancs et l’appel au désert, dans 2000 ans de christianisme, t.3, Aufadi, 1975.


____________________________________________________________________________________________________________________________



 















 ___________________________________________________________________________________________________________________________

  Conclusion

Tout au cours de son long mandat abbatial, la grande préoccupation de Bernard demeure la réforme des mœurs monastiques. Il enseigne à ses moines, ses fils spirituels, les voies pour mener une vie pure et atteindre les hauts sommets de la sainteté. Humilité, charité, amour du Christ et de la Vierge Marie sont les balises de cette « ascension mystique ». La Règle de saint Benoît ainsi que la vie communautaire serviront à faciliter cette montée.

« Si saint Bernard n’a pas fondé l’Ordre de Cîteaux, ni changé en rien sa lettre et son esprit, il est l’auteur de son expansion, et le docteur de sa spiritualité »; car il faut bien l’avouer, le rayonnement et la diffusion de l’Ordre cistercien « est bien dû en grandie partie au renom de la sainteté de saint Bernard » (note 43).

Note 43 : A. LEBAIL, Saint Bernard, dans Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique. Doctrine et histoire, t. I, Beauchesne, 1937.

























Abbaye cistercienne de Pontigny, France

__________________________________________________________________________________________

 

Pour aller plus loin

http://www.abbayevalnotredame.ca

www.citeaux-abbaye.com

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_de_Clairvaux 

© 2010. Michel Lafontaine, B.Th., M.A. -  Tous droits réservés


Accueil   Commentaires    Haut de page   Sentiers spirituels    Christianisme


Saint Bernard et la spiritualité monastique cistercienne

par Michel Lafontaine, B.Th., M.A.


                                              Sommaire

          1-Naissance, formation et vocation de Bernard de Fontaines

          2-Le monastère de Cîteaux

          3-Période d’apprentissage de Bernard à Cîteaux

          4-Fondation de l’Abbaye de Clairvaux

          5-Bernard, abbé de Clairvaux

          6-L’originalité cistercienne

          7-Conflits entre moines «blancs» et moines «noirs»

          8-Un idéal contemplatif

          9-Humilité et charité

          10-Une réforme féconde


                                                                      © Photos: Bruno-Marie Fortin - Abbaye cistercienne Val Notre-Dame, Québec, Canada


  3- Période d’apprentissage de Bernard à Cîteaux

 

Lorsque le jeune Bernard franchit le seuil de Cîteaux, en avril 1112, il ne se doute guère qu’il serait l’élément vivificateur qui sauverait cette fondation; au contraire, « son intention est d’y mourir aux hommes et à leur souvenir. Son espoir est d’y vivre ignoré et négligé, comme un vase qu’on met au rebut » (note 12). Il aspire à une haute sainteté et pour cela, il est prêt à tout sacrifier, à s’anéantir volontairement.  La Règle de saint Benoît se prête très bien à cette ascension mystique… Aussi, la vie austère qu’on menait à Cîteaux l’a-t-elle attirée… De son noviciat, période de discernement et de probation dans la communauté, nous savons qu’il s’y plonge éperdument « dans des mortifications auxquelles il commençait à ajouter (…). Bien plus encore qu’un temps d’épreuves temporelles, cette année fut pour lui l’apprentissage de l’âme » (note 13).

 

Note 12 :  J. LECLERCQ, Saint Bernard mystique, DDB, 1948.

Note 13 : DANIEL-ROPS, Quand un saint arbitrait l’Europe : saint Bernard, Fayard, 1953.


                                                                                                                                                                                                   © Photo Bruno Rovati



  7- Conflits entre moines « blancs » et moines « noirs »

Tout au cours de ce grand mouvement de réforme monastique dont Bernard se présente comme l’un des principaux chefs, une querelle éclate entre cisterciens (les moines « blancs ») et clunistes (les moines « noirs » bénédictins) : on accuse ces derniers d’abus concernant la nourriture, les vêtements, la liturgie et l’architecture. Bernard est donc chargé de régler le conflit et il rédige à cette intention une Apologie (vers 1125) qui, aujourd’hui, nous permet d’établir sa pensée exacte sur l’observance et l’ascèse cisterciennes.

Pour lui, « Cîteaux et Cluny sont deux ordres différents : leurs observances extérieures et leur importent moins que l’esprit dans lequel on les accomplit » (note 29). Les moines sont au service du même Seigneur et c’est dans cela que réside l’essentiel : tous doivent tendre à l’élévation de leur âme vers Dieu (note 30). Bernard reprochera donc aux cisterciens de manquer à la charité en accusant leurs frères de Cluny, et il semble même faire l’éloge de ces derniers, mais c’est une tactique qui lui permet de s’en prendre seulement aux abus de l’Ordre bénédictin tout en le respectant (note 31).

Note 29 :  P. SALMON, L’ascèse monastique et les origines de Cîteaux, dans Mélanges saint Bernard, Dijon, 1954.

Note 30 :  Voir J. LECLERCQ, Saint Bernard mystique, DDB, 1948. Et Bernard dira, en approuvant à sa façon toutes les observances : « Me demandera-t-on enfin, pourquoi je ne suis pas de tous les ordres religieux, puisque je les loue tous? (…) si je n’en embrasse qu’un seul dans la pratique, je les embrasse tous par la charité ». Z. OLDENBOURG, Saint Bernard, Albin Michel, 1970.

Note 31 :  Une certaine amitié, même, sera nouée entre saint Bernard et l’abbé de Cluny, Pierre le Vénérable. Voir P. COUSIN, Précis d’histoire monastique, Bloud & Gay, 1956.



  10- Une réforme féconde

Malgré l’ascèse et les sacrifices qu’impose la vocation cistercienne, le monastère de Clairvaux, sous l’influence de Bernard, ne manquera jamais de nouvelles vocations (note 40). Bernard se révèle le plus contagieux des hommes : tous ses contemporains ont participé à son énergie créatrice et l’homme d’action le plus brutal se sentait devenir mystique en écoutant ses actions. Ses voyages, ses lettres, etc., s’avèrent pour lui des occasions de captures… (note 41), si bien que trois ans seulement après la fondation de Clairvaux, une première « filiale » naîtra, Trois-Fontaines, suivie de Igny, Auberive, Arrivour, Longuay, Boulancourt… À la mort de Bernard, le 20 août 1153, la filiation de Clairvaux ne compte pas moins de 167 monastères répartis dans plusieurs pays, alors que l’Ordre cistercien, dans son ensemble, totalise 350 nouvelles fondations. Saint Bernard peut donc être nommé à juste titre le « grand champion de la réforme cistercienne » (note 42).


Note 40 : « On y comptait fréquemment 90 novices, quelques fois plus de 100… ». A, DIMIER, Saint Bernard, « pêcheur de Dieu », Letouzay & Ané, 1953. Note 41 : . J. Leclercq soulève à ce propos une interrogation : Bernard n’y serait-il pas allé avec un peu trop d’acharnement, voire d’accaparement, avec les sujets susceptibles à la vie religieuse…?  J. LECLERCQ, Saint Bernard et l’esprit cistercien, Seuil, 1966.

Note 42 : Z. OLDENBOURG, Saint Bernard, Albin Michel, 1970.


© Saint Bernard - Manuscrit du 13e siècle