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une des formes de rêve,

comme les poèmes,

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Hector Bianciotti

Dernière mise à jour | 9 janvier 2017

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   Sentiers de la spiritualité chrétienne…  


Bienheureuses Carmélites de Compiègne 

(France,18e siècle)

 

martyres sous la Révolution française


  La découverte de ces femmes courageuses s'est faite par le biais de la Revue Carmel il y a plusieurs années.

Par la suite, j'ai eu une "commande" pour le site internet du Carmel au Québec, de produire un texte résumant les moments ultimes

de ces religieuses au coeur de feu, et dont la spiritualité a consolidé la détermination à être témoin du Christ souffrant

sous la révolution française... C'est grâce à Bernanos que le courage spirituel de ces femmes a été répandu... Bonne lecture !

Michel Lafontaine, B.Th., M.A.

 

 



 

 




























































 

 














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Le martyre des religieuses

du Carmel de Compiègne 


par Michel Lafontaine, B.Th., M.A.

 

Depuis 1789, la France est en ébullition. Une révolution déchire ses habitants. Compiègne, une cité millénaire du nord, en Picardie, sur les rives de l’Oise, n’est pas épargnée par les différends de la capitale. Ces bouleversements politiques auront des répercussions sur le calme quotidien du Carmel de Compiègne fondé un siècle et demi auparavant.

Cette communauté compte vingt et une religieuses à l’aube de la Révolution française et se compose de quinze religieuses choristes, d’une novice, de trois sœurs converses (chargées en principe des travaux ménagers), et deux tourières de l’extérieur (non liées par des vœux).  Sous la tutelle maternelle de mère Thérèse de Saint-Augustin, une femme de 37 ans,  chaleureuse et gratifiée de grandes qualités humaines et surnaturelles ajustées par un bon jugement, la communauté dont la moyenne d’âge se situe autour de 45 ans, s’épanouit dans l’esprit de leur fondatrice, sainte Thérèse d’Avila, comme un « petit collège du Christ ». La vie communautaire est colorée par les caractéristiques propres à chacune : quelques religieuses se présentent vives et enjouées, d’autres déploient leur forte personnalité, certaines manifestent douceur et modestie, tandis que des sœurs expriment par leur vie cette juste tension évangélique entre « l’action pratique » et « l’esprit de contemplation »…

Les événements dramatiques se bousculent. Dès octobre 1789, « l’émission des vœux dans tous les monastères » est suspendue au nom de la liberté individuelle. Constance, la jeune novice, ne peut ainsi prononcer ses vœux. Le lendemain de la Toussaint, afin d’éviter la banqueroute, les biens de l’Église sont « mis à la disposition de la Nation », ce qui entraînera rapidement la sécularisation des religieux au nom de la liberté : « Les droits de l’homme et la vie monastique sont incompatibles. Toutes les institutions sont faites pour la société, et la société peut les détruire quand elles deviennent inutiles. » La « Constitution civile du clergé » ne facilite pas non plus les choses.


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En août 1790, la clôture du Carmel sera violée par des perquisitions faites par les membres du Directoire du district de Compiègne afin d’établir l’inventaire du monastère. Les officiers municipaux s’ingère aussi dans la vie interne du carmel en janvier 1791 en présidant aux élections de la prière et de l’économe de la communauté. Mère Thérèse de Saint-Augustin sera réélue prieure. Entre temps, deux religieuses sont décédées au couvent, tandis que trois Carmélites s’absentent à Rosières, à Paris et à Sens. C’est d’ailleurs grâce à l’une de ces « échappées », Sœur Marie de l’Incarnation, que nous connaissons aujourd’hui comment les Carmélites ont vécu avec héroïcité leur chemin de la croix. 

L’année 1792 s’avère cruciale : la monarchie est abolie le 10 août et les communautés religieuses sont supprimées une semaine plus tard. Les seize religieuses abandonnent alors costume et monastère le 14 septembre, fête de l’Exaltation de la Sainte Croix. Sr Marie de l’Incarnation écrit à ce sujet : « le Seigneur, par le sacrifice qu’il exigeait d’elles, ou permettait, les enrichissait d’une très forte portion de cette croix ». D’ailleurs, quelques jours auparavant, pressentant les événements, les carmélites firent un acte communautaire de consécration en holocauste afin que la paix divine apportée par le Christ soit rendue à l’Église et au pays. Cet acte d’offrande repris quotidiennement par les religieuses, devint un soutien spirituel au moment de la dispersion dans plusieurs maisons amies de Compiègne. Au cours des vingt-et-un prochains mois, même si elles sont réparties en quatre groupes, elles demeurent fidèles à l’oraison et à la récitation de l’office et « on pourrait dire que l’obéissance se pratiquait avec toute l’exactitude du cloître ».

Ce n’est qu’au milieu de l’an 1794 que les Carmélites auront la joie d’être à nouveau réunies, mais pour un sombre destin humain. Elles sont arrêtées et emprisonnées le 23 juin; on leur accorde un peu de pain immangeable et un peu d’eau, et de la paille pour dormir. Le 10 juillet, elles sont reconnues « coupables ou prévenues de complicité devant le Tribunal révolutionnaire ». Elles seront alors transférées à la Conciergerie de Paris qu’on affublait du nom de « morgue »... Au cours d’une parodie de procès tenu le 17 juillet,où le jugement était déjà imprimé, sans témoin, ni avocat,  on traite les Carmélites de « fanatiques » démontrant par des extraits de leur correspondance qu’elles machinaient contre la République. On les condamne alors à la peine de mort. Sr Marie de l’Incarnation rapportent que « les 16 carmélites entendirent prononcer cet arrêt avec la sérénité et la joie des cœurs. »

Les Carmélites sont transférées autour de 18 heures vers la Barrière de Vincennes ou Place des Nations où se dressent la fameuse guillotine. On nous rapporte que tout le long du convoi, les religieuses vêtues de blanc, chantent sur la charrette. Le Miserere, le Salve Regina, le Te Deum, résonnent doucement dans les rues de Paris. La foule, habituellement bruyante, les accueille « par un silence respectueux dont aucun exemple n’a été donné au cours de la Révolution ». À 20 heures, au pied de l’échafaud, la prieure, afin de soutenir et réconforter ses filles, demande la grâce de passer la dernière. Ce qui lui fut accordé. Elle entonne alors le Veni Creator Spiritus et reçoit le renouvellement ultime des vœux de ses sœurs. Le tranchant de la guillotine et le bourreau sont maintenant prêts. On appelle alors la plus jeune, Constance. Après avoir été bénie par Sœur Thérèse, elle gravit les marches « joyeuse comme si elle allait à une fête » et entonne le Laudate Dominum omnes gentes… qui fut repris par ses compagnes. Le même silence qui avait accompagné le convoi se poursuivit pendant l’exécution des Carmélites de Compiègne qui « voulurent offrir leur vie pour que cette paix divine que le Fils de Dieu était venu apporter au monde fut rendue à l’Église et à l’État. »

Leur martyre rend témoignage à la force que peut donner cet amour du Christ entretenu dans la vie d’oraison et de prières communautaires de la Carmélite. Comme Jésus a donné sa vie par amour, ses amoureuses du Christ ont donné librement leur vie pour la victoire de l’Amour. Une parole d’un chant composé à Compiègne disait : L’Amour sera toujours vainqueur/ on peut tout quand on aime »…



CHRONOLOGIE HISTORIQUE


- 1641: Fondation du Carmel de Compiègne

- 1642: Inauguration du couvent

- 1789: Début de la Révolution française

- Septembre 1789: Interdiction

   de l’émission des vœux religieux

- Juillet 1790: Constitution civile du clergé

- Novembre 1790: Serment civil imposé

- 10 août 1792: Abolition de la monarchie

- 18 août 1792: Suppression

   des communautés religieuses

- Septembre 1792: Acte d'offrande des Carmélites

- 14 septembre 1792: Expulsion

   des Carmélites de Compiègne de leur couvent   

- 8 juin 1794: Institution du culte à l’Etre suprême

- 23 juin 1794: Arrestation des Carmélites

- 10 juillet 1794: Transfert à Paris

- 17 juillet 1794:Martyre sur la Place de la Nation

- 27 juillet 1794: Chute de Robespierre

- 14 juillet 1795: Fin de la Révolution

   avec la prise de la Bastille

- 1836: Parution de « L’Histoire des

   Religieuses Carmélites de Compiègne »

   par Sœur Marie de l’Incarnation

- 27 mai 1906: Béatification par le pape Pie X


CITATIONS

Sur un songe d’une religieuse qui disait :

« Je vis la gloire que les religieuses

de ce couvent y aurait.

Je vis aussi l’Agneau de Dieu immolé

pour les péchés du monde;

ses yeux étaient sur nous pleins de douceur. »,

les carmélites s’interrogeaient :

« Le ciel nous réservera-t-il

la gloire du martyre?

Oh! Quel bonheur si nous pouvions

nous trouver ainsi toutes réunies ! »


 

Lors de la dispersion dans Compiègne,

Sr Thérèse de St-Augustin écrit :

«  Faisons donc notre possible, autant que nous

pourrons et sans scrupule, car il est certain

que notre position actuelle porte des exceptions

qu’un cœur droit doit avouer,

mais dont un cœur fidèle n’abuse pas.

Vous trouverez dans le cœur de Jésus

celui d’une tendre mère. »

 

Cantique composé dans la prison, le 16 juillet,

la veille de l’exécution  sur l’air de la Marseillaise :

« Livrons nos cœurs à l’allégresse

Le jour de gloire est arrivé,

Loin de nous toute faiblesse

Voyant l’étendard arrivé (bis)

Préparons-nous à la victoire,

Marchons tous en vrai conquérant

Sous les drapeaux d’un Dieu mourant,

Courons, volons tous à la gloire;

Ranimons notre ardeur,

Nos corps sont au Seigneur,

Montons, montons à l’échafaud

Et rendons-le vainqueur

 

BIBLIOGRAPHIE


- Sœur MARIE DE L’INCARNATION,

   La relation du martyre des seize carmélites de

   Compiègne, Cerf, Coll. Épiphanie-Carmel/

   Documents, Paris, 1993, 352 p.


- Revue Carmel, no 72, 1994 :

   Le martyre des Carmélites de Compiègne


- BERNANOS, Georges,

   Le dialogue des Carmélites


-  Site officiel de la ville de Compiègne : 

http://www.compiegne.fr/